Nantais, j’ai eu l’occasion de participer à la commémoration des fusillés de Châteaubriant. Au pont Morand devant le monument aux morts comme à la carrière où eurent lieu les fusillades. J’y ai emmené du monde comme des amis allemands. Évidemment que la cérémonie officielle jette le trouble mais rendre le souvenir de ces héros accessible à tous ne peut me laisser complètement indifférent. Comme cet été à Jouques-en-Provence, je manque rarement les monuments aux morts de la résistance lors de mes pérégrinations hexagonales.
En lieu et place de la récupération médiatique du moment, l’hommage à la résistance doit s’inscrire dans la contemporanéité et la mémoire de Guy Môquet peut y participer.
Avec quelques jours de retard, je me souviens du poème de René-Guy Cadou, poète originaire de Louisfert en plein cœur du pays de Châteaubriant. Cet auteur archétypique des représentants de la Libération trouve avec des mots simples comment retranscrire la réalité des sentiments et des volontés vécus. Comme pour dire qu’être résistant, c’était être exact au rendez-vous et même en avance sur les autres. Je me remémore la visite guidée par la veuve de René-Guy Cadou de la classe devenue musée. Elle me conseillait la lecture d’un recueil –« Passer l’hiver », Prix Goncourt de la Nouvelle en 2004- écrit par son neveu, Olivier Adam, qui puise dans la même veine et où l’engagement demeure entier.
Les mots continuent à être des armes chargées de futur.
René-Guy Cadou Les fusillés de Châteaubriant (1946)
Ils sont appuyés contre le ciel
Ils sont trente appuyés contre le ciel
Avec toute la vie derrière eux
Ils sont plein d’étonnement pour leur épaule
Qui est un monument d’amour
Ils n’ont pas de recommandations à se faire
Parce qu’ils ne se quitteront jamais plus
L’un d’eux pense à un petit village
Où il allait à l’école
Un autre est assis à sa table
Et ses amis tiennent ses mains
Ils ne sont déjà plus du pays dont ils rêvent
Ils sont bien au-delà de ces hommes
Qui les regardent mourir
Il y’a entre eux la différence du martyre
Parce que le vent est passé là où ils chantent
Et leur seul regret est que ceux
Qui vont les tuer n’entendent pas
Le bruit énorme des paroles
Ils sont exacts au rendez-vous
Ils sont même en avance sur les autres
Pourtant ils disent qu’ils ne sont plus des apôtres
Et que tout est simple
Et que la mort surtout est une chose simple
Puisque toute liberté se survit.









Mercredi 31 octobre 2007 à 9:00
Il est beau ce poème de René-Guy Cadou, je ne le connaissais pas… (la honte, pour un nantais d’origine !).
Je serais d’accord, personnellemnt, pour qu’à partir de l’an prochain, le 22 octobre devienne dans les lycées une “journée de la jeunesse résistante” : on penserait à Guy Môquet bien sûr, mais aussi aux fusillés du lycées Carnot et aux autres -les jeunes du réseau tombé à la fin de la guerre, et fusillés dans le bois où Sarko -grâce lui soit rendue pour ce geste !- a fait lire la lettre de Guy Môquet le jour de son investiture-.
Liberté, j’écris ton Nom !
BR de Kerzantrec