> Ne pas monter bien haut peut-être

Vendredi 11 avril 2008

Hier soir, Conseil fédéral en Haute-Garonne. Difficile choix en ce qui concerne les sénatoriales. Les strauss-kahniens ne pouvaient espérer grand chose tant la fédération socialiste les ignore. Mais la liste présentée par le premier fédéral ne manquait pas d’atouts. Elle est ce qu’on attend du Sénat, qu’il représente les différents territoires et notamment la ruralité. C’est l’institution la plus repliée sur elle-même. C’est celle qui n’a su résister au pouvoir gaulliste que pour défendre sa propre existence. Bref, la liste fédérale tenait du devoir d’écolier, un peu de Comminges, un peu de Toulouse, un peu d’Agglomération, un peu de Lauragais et un peu de la Dépêche du Midi -un territoire bien à part celui-là et depuis quelques temps particulièrement choyé- et la boucle était bouclée ! Cela suffira à gagner une élection de plus dans la plus pure tradition localiste. A ce compte, les profils atypiques, comme celui de notre camarade Jacques Tomasi, salarié de l’industrie, syndicaliste et militant engagé, ne pouvaient surnager dans le marigot. Il n’était pas le seul insatisfait car au compte des grands féodaux, les Columérins avait dû assister impuissants au démantèlement de leurs fortifications.

Un peu de littérature soulage et Jacques, qui connaît son Edmond Rostand sur le bout des doigts, n’est pas en reste sur la morale de l’histoire.

Le Bret
Si tu laissais un peu ton âme mousquetaire
La fortune et la gloire…

Cyrano
Et que faudrait-il faire ?
Chercher un protecteur puissant, prendre un patron,
Et comme un lierre obscur qui circonvient un tronc
Et s’en fait un tuteur en lui léchant l’écorce,
Grimper par ruse au lieu de s’élever par force ?
Non, merci. Dédier, comme tous ils le font,
Des vers aux financiers ? se changer en bouffon
Dans l’espoir vil de voir, aux lèvres d’un ministre,
Naître un sourire, enfin, qui ne soit pas sinistre ?
Non, merci. Déjeuner, chaque jour, d’un crapaud ?
Avoir un ventre usé par la marche ? une peau
Qui plus vite, à l’endroit des genoux, devient sale ?
Exécuter des tours de souplesse dorsale ?…
Non, merci. D’une main flatter la chèvre au cou
Cependant que, de l’autre, on arrose le chou,
Et donneur de séné par désir de rhubarbe,
Avoir un encensoir, toujours, dans quelque barbe ?
Non, merci ! Se pousser de giron en giron,
Devenir un petit grand homme dans un rond,
Et naviguer, avec des madrigaux pour rames,
Et dans ses voiles des soupirs de vieilles dames ?
Non, merci ! Chez le bon éditeur de Sercy
Faire éditer ses vers en payant ? Non, merci !
S’aller faire nommer pape par les conciles
Que dans les cabarets tiennent des imbéciles ?
Non, merci ! Travailler à se construire un nom
Sur un sonnet, au lieu d’en faire d’autres ? Non,
Merci ! Ne découvrir du talent qu’aux mazettes ?
Etre terrorisé par de vagues gazettes,
Et se dire sans cesse : “Oh, pourvu que je sois
Dans les petits papiers du Mercure François ?”…
Non, merci ! Calculer, avoir peur, être blême,
Préférer faire une visite qu’un poème,
Rédiger des placets, se faire présenter ?
Non, merci ! non, merci ! non, merci ! Mais… chanter,
Rêver, rire, passer, être seul, être libre,
Avoir l’œil qui regarde bien, la voix qui vibre,
Mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers,
Pour un oui, pour un non, se battre, -ou faire un vers !
Travailler sans souci de gloire ou de fortune,
A tel voyage, auquel on pense, dans la lune !
N’écrire jamais rien qui de soi ne sortît,
Et modeste d’ailleurs, se dire : mon petit,
Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles,
Si c’est dans ton jardin à toi que tu les cueilles !
Puis, s’il advient d’un peu triompher, par hasard,
Ne pas être obligé d’en rien rendre à César,
Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite,
Bref, dédaignant d’être le lierre parasite,
Lors même qu’on n’est pas le chêne ou le tilleul,
Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul !

Cyrano de Bergerac

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