> Mitterrandophobie sans limite
Mardi 22 avril 2008Il est rare de trouver votre propre pensée aussi parfaitement traduite par un autre. Et bien je dois dire qu’Hugues Serraf est celui qui arrive bien souvent à expliciter avec un talent certain ce que je ressens comme un point de vue personnel. Aussi, et comme ma Mitterrandophobie ne connaît aucune limite, je ne peux m’empêcher de le citer.
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Pour les gens comme moi, au final, et même si je dis « pour les gens comme moi » sans savoir s’il y a des gens vraiment comme moi, Mitterrand a quelque chose de Sartre : un type qui s’est régulièrement gouré. A la décharge de Sartre, il était parfois sincère. Au passif de Mitterrand, il ne croyait sans doute à rien de précis.
Il s’est gouré en rejoignant Vichy quand d’autres partaient pour Londres ; il s’est gouré sur l’indépendance de l’Algérie à l’heure de Frantz Fanon ; il s’est gouré en cherchant à construire le socialisme dans un seul pays jusqu’au fameux « tournant de la rigueur » ; il s’est gouré en berlusconisant la télé pour la libérer ; il s’est gouré en croyant qu’il était possible de mettre tout Paris sous écoutes sans que ça ne fasse de vague ; il s’est gouré en affirmant qu’il était de bonne guerre de stimuler la croissance du FN pour embarrasser la droite ; il s’est gouré en pensant qu’il était raisonnable de régler la question Greenpeace à coups d’explosifs sous-marins ; il s’est gouré en s’imaginant qu’il allait empêcher la réunification allemande ; il s’est gouré en s’imaginant qu’il allait empêcher l’éclatement de la Yougoslavie…
Le pire pourtant, c’est lorsqu’il ne s’est pas gouré. Je veux dire, lorsqu’il a fait des choix informés qu’il n’aurait pas lui-même qualifiés d’erreurs rétrospectivement. Les gerbes à Pétain, l’amitié avec Bousquet, il les a revendiquées jusqu’à la fin. Comme Pierre Péan, comme Serge Moati, on peut sans doute attribuer son intérêt pour le Maréchal & consorts à une erreur de jeunesse, à une étape dans le parcours complexe d’un fils de bourgeois s’apprêtant à jeter son héritage ultra-droitier aux orties. Les gerbes à Pétain, l’amitié avec Bousquet, aujourd’hui, c’est pourtant tout ce qui reste vraiment du bonhomme.






























































Lundi 28 avril 2008 à 12:09
Cool, les Hugues !!!
L’excès et la colère sont de mauvais conseil, et c’est un expert qui vous parle !
J’ai envie de vous renvoyer au MAURIAC du Bloc-Notes de l’Express, avant son ralliement gaulliste : “un homme aussi détesté par la droite sera forcément un des grands leaders de la gauche…”
L’homme est quand même passé de Vichy, où son éducation catholique de droite l’avait logiquement amené après son évasion, à Londres et Alger : on n’est pas membre du gouvernement provisoire du Conseil National de la Résistance, à tout juste plus de 25 ans, pour rien !!!
Pour reprendre l’éternel exemple : Maurice Couve de Murville, dont personne n’a remis en cause la carrière gaulliste -et soviétophile !- est resté attaché financier de Vichy aux USA bien plus longtemps…
Exemple cité, comme l’opinion de Mauriac, par Franz-Olivier Giesbert dans son premier livre sur “Mitterrand, la Tentation de l’Histoire” paru en 1979, avant l’Elysée pour l’un, Le Figaro et Le Point pour l’autre…
Allons, vous savez aussi bien que moi qu’il était ministre de l’Intérieur de … Mendès-France au début de l’insurrection algérienne, et que pour l’un comme pour l’autre, “l’Algérie Française” était une politique progressiste, non revendiquée par les colons… Eh oui, ça impliquait l’égalité des droits entre autochtones et “français” : Muter les flics tabasseurs -ou pire !- en métropole a été considéré par eux comme “un gage aux rebelles” ! Avant Mitterrand, ils risquaient tout au plus de passer d’Alger à Philippeville !!!
Pour le reste, on ne va pas rappeler le rassemblement de toute la gauche (et la “récupération” -qui devrait vous plaire !- de l’électorat communiste…), l’abolition de la peine de mort, la Décentralisation (et les contrats de plan Etat-Régions de Rocard), les scrutins “honnêtes” pour les municipales et régionales (au suffrage universel), le RMI, la paix en Nouvelle-Calédonie -c’est tout de même lui qui a nommé Rocard !-, un vrai effort pour l’Education Nationale (les ZEP) et, emblématique, la Culture…
Beaucoup, vraiment, peuvent en dire autant ???
Et si quelques nominations furent… hasardeuses, regardez BADINTER (Garde des Sceaux puis Président du Conseil Constitutionnel) et ROCARD, par exemple ou la présence, pour la première fois significative de femmes, dont quelques-unes animent encore le débat (Martine AUBRY, Elisabeth GUIGOU, Ségolène ROYAL -ministre de l’Environnement de Pierre Bérégovoy-…).
“Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés” dit La Bible !
Bien amicalement.
BR de Kerzantrec
Lundi 28 avril 2008 à 12:39
Je ne confesse qu’une aversion sans limite.
Mardi 29 avril 2008 à 1:44
Cher “Ker-nucnuc”
Sans limite ?!? Essaie d’être un peu objectif, quand même…
N’avais tu pas aimé -comme moi !- Mitterrand “prêchant” la reconnaissance d’Israël à l’OLP -à l’époque “terroriste” pour les autorités, comme le Hamas aujourd’hui, tout ça pour saluer le dialogue -sans complaisance- instauré par Jimmy Carter…-, et un Israël dans des frontières “sures et reconnues”, ET défendant, dans le même temps et avec non moins de conviction, le droit imprescriptible des Palestiniens à un Etat érigé dans les Territoires -occupés…-, non moins sûr, démocratique et viable (pas un simple bantoustan ou autre prison à ciel ouvert -et encore ?!?- comme Gaza aujourd’hui…).
Ne me dis pas que tu préfères Sarko, qui aujourd’hui, est bien silencieux face au massacre -il n’y a pas d’autre mot- de 58 enfants depuis le début de l’année, pendant les incursions israéliennes ? Le chiffre, atroce, vient d’être fourni par l’ONU…
Et je pourrais te rappeler le nom de Sakharov, brandi lors d’un toast au dîner officiel à Moscou, devant Brejnev, qui l’avait envoyé en relégation -quasi-goulag-…
Auparavant, alors qu’il était dans l’opposition, cette formule dans un dîner oficiel en Chine, quand de Gaulle reconnaissait le régime : “Vous respectez tellement les minorités que vous l’imposez au pouvoir au Tibet !” -toujours cité par F.O.G., cf supra-. Subtil et…. très actuel !!!
Les discours devant le Bundestag : “Les missiles sont à l’Est, les pacifistes, à l’Ouest” -ça a dû te plaire, ça !- et, le dernier : “le nationalisme, c’est la guerre !”. Non vraiment… ? Sans limite…?
Et le soutien aux opposants à l’apartheid en Afrique du Sud ? Aux démocrates qui reprenaient le terrain perdu face aux dictatures de l’Amérique Centrale et du Sud ??? Non, toujours non ?
Allons, un peu d’honnêteté, camarade !!!
Je préfère ne pas revenir sur son amitié -indéfectible- avec Georges Dayan; son beau frère Roger Hanin -qui sait de quoi il parle !- a suffisamment attesté de son antiracisme et de son aversion pour l’antisémitisme… Jo Goldenberg le savait, qui a pleuré dans ses bras après l’ignoble attentat de la rue des Rosiers… Mais certaines réflexions d’Hugues Serraf sont “border line” !
Et puis, je préfère toujours quelqu’un qui pase de droite à gauche que l’inverse, trajet confortable et très empreinté… Je laisse Eric Besson à qui le veut !!!
Sue ces quelques rappels à la vérité…
Bien cordialement.
“Ker-nono”, BZH for ever ! (Breizh, Bretagne libre, vive Naoned…)
Mardi 29 avril 2008 à 2:07
Non.
Mardi 29 avril 2008 à 2:39
PS (post scriptum… quoique ???)
Un homme vaut aussi par ce -et ceux !- qu’il représente… Et François MITTERRAND a représenté l’espoir du “Peuple de Gauche” pendant trop longtemps pour qu’on ne lui en soit pas reconnaissant -même si, moi aussi, j’aurais à l’époque préféré une candidature ROCARD, notamment en 1988…-.
Mais au moins en 1981, pour “poser les bases”… et assumer les inévitables “contraintes du pouvoir”, la fameuse “culture de gouvernement” qui aurait été vécue comme une trahison en cas de succès “prématuré” de la deuxième gauche, avec tous les soubressauts politiques induits, qui auraient peut-être définitivement obéré les chances de ce courant de pensée, je le reconnais aujourd’hui, il fallait que ce soit une gauche “classique” qui, sous sa conduite, l’emporte…
Rien que pour la tête des fachos le soir du 10 mai 1981, vive Mitterrand !!! Tonton for ever…
Et puis, franchement, je soutiens toujours l’émergence de la société civile et les changements “sociétaux”, mais je me demande si on a pas -tous !- un peu oublié le rôle protecteur de l’Etat et l’exigence “sociale”, sociale “tout court”, sociale au premier sens du terme… Oui, quid de la question sociale pour certains progressistes -je ne leur conteste pas cette qualité !- ???
Enfin, je dis que je me demande… Depuis le 21 avril 2002, on a la réponse !!! Réponse en partie injuste pour Jospin, mais… Confirmée, d’une certaine manière le 29 mai 2005 : les français ne sont pas contre l’Europe, mais contre un ultra libéralisme aussi débridé que munichois, destructeur du lien social et des solidarités…
Vive la République ! (ontologiquement laïque, démocratique, sociale)
Le combat est contre les forces de l’argent-roi, contre la doxa néolibérale conservatrice et ses serviteurs Sarko-Fillonistes de tout poil, pas dans la querelle historique sur le bilan et/ou la personnalité de Mitterrand… ou des autres (valaient-ils mieux ?) !
Vive la France, Vive la République !
BR de Kerzantrec (Nantes, BZH !), alias Bakounine ado (Versailles) après : Damned (Rennes) et Giordano Bruno (Paris)…