> Le « Gorbatchev du syndicalisme »
Mercredi 23 avril 2008Yannick Simbron est ici photographié par sa femme entre Frédéric et moi qui l’interviewons pour le journal du Mouvement des jeunes socialistes de Loire-Atlantique, “Ouvertures.” C’était en 1990, Lionel Jospin est ministre de l’Education nationale et la FEN travaille à réformer le système éducatif, priorité du gouvernement Rocard. Cela nous intéresse au plus haut point. Nous sommes à Préfailles, au bord de la mer et il fait beau. Un ancien jeune socialiste transmet sa passion pour la chose publique. La gauche au pouvoir est pleine d’énergie et nous sentons que le monde est en train de changer. La France aussi.
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Le carnet du Monde
Ancien secrétaire général de la Fédération de l’éducation nationale (FEN), Yannick Simbron est mort, le 15 avril, des suites d’un infarctus. Il s’était fait l’apôtre d’une « perestroïka » du syndicalisme, dont il jugeait les structures « obsolètes », au point d’être surnommé « le Gorbatchev du syndicalisme ». Sa disparition intervient au moment où le syndicalisme est en cours de recomposition.
Né le 21 juin 1938 à Nantes, Yannick Simbron n’a que son bac en poche quand il devient, à 20 ans, instituteur. Il apprend son métier sur le tas et se dévoue aux enfants en difficulté. En même temps, il s’engage au Syndicat national des instituteurs (SNI) et aux Jeunesses socialistes. C’est pendant les événements de Mai 68 qu’il devient permanent du SNI, d’abord comme « patron » de Loire-Atlantique, un département où il porte haut et fort ses convictions de gauche et se chamaille avec les différentes composantes de la famille. Les « staliniens » sont, déjà, sa bête noire.
Epris de voile et d’océan, Yannick Simbron est un marin qui a les pieds sur terre. Sous un mélange de timidité et de vantardise, et une apparente force tranquille, c’est un bon vivant qui s’emporte pour ses convictions solidement laïques - « La laïcité, c’est la liberté », proclame-t-il en 1978 - et farouchement réformistes. En 1970, il entre au bureau national du SNI. Il en est secrétaire national en 1974. Dix ans après, il entre à la direction de la FEN, cette fédération créée en 1948 pour rassembler les enseignants qui avaient quitté la CGT et choisi le syndicalisme autonome en rêvant de réunification. Animateur de la tendance socialiste majoritaire, Yannick Simbron est secrétaire national chargé de l’économie. Il négocie la revalorisation du métier d’enseignant avec Pierre Mauroy - avant de faire de même en 1989 avec Lionel Jospin - et siège au Conseil économique et social.
« Travailler autrement »
Le 22 septembre 1987, Yannick Simbron devient secrétaire général de la FEN. D’emblée, il imprime sa marque. Au congrès de La Rochelle, en février 1988, il lance le slogan « Travailler autrement ». A travers le projet Une école pour l’an 2000, il montre, se heurtant aussitôt à la tendance minoritaire communiste, qu’il veut « dépoussiérer » le syndicalisme et balayer l’image corporatiste de la fédération enseignante. Le 5 janvier 1990, dans Le Monde, il jette un pavé dans la mare en se prononçant pour la construction d’une « grande confédération syndicale ». Encouragé par le PS, le projet vise à regrouper dans une même organisation réformiste la FEN, la CFDT, FO et les autonomes, pour « attirer à elle les forces novatrices de la société ».
Yannick Simbron s’alarme de la « redoutable dérive à la paysanne » de la FEN, « une addition de corporatismes » sans « vision globale de la société ». Les communistes crient à la trahison et la FEN le soutient mollement. Au congrès de Clermont-Ferrand - qui devait être suivi, à la fin 1992, d’un congrès extraordinaire pour lancer la recomposition -, il est reconduit de justesse. Mais il persiste et franchit la ligne jaune en proposant au patronat de discuter des relations entre l’école et l’entreprise. Le 10 juin 1991, par un communiqué à l’encre très soviétique qui parle d’« incompréhensions », le « Gorbatchev du syndicalisme » est brutalement démis de ses fonctions. La recomposition se solde par une décomposition. La FEN, qui a perdu plus de 40 000 adhérents sous son règne, entame un cycle de scissions-exclusions. En 2000, elle se transforme en UNSA-Education. Et Yannick Simbron reprend la mer.
Source : Le Monde.





























































