Jean-Louis Bourlanges expliquait dimanche matin sur l’émission Esprit public que nous étions à un moment où la question européenne souffre d’un manque de la demande. Il n’a pas tort et cela pose un problème démocratique. Les gens ne souhaitent pas l’Europe actuelle comme en témoigne le deuxième succès du non irlandais (référendums sur les traités de Lisbonne et de Nice) consécutif aux précédents refus danois, français et néerlandais. Le peuple ne compte plus déléguer aux Etats le soin de la construction européenne. Les gens décident dorénavant de garder ce droit pour eux pour démontrer leur opposition au projet européen.
Imaginons pourtant que le droit du travail soit demain décidé à la majorité qualifiée au niveau européen comme le réclamaient les opposants français au TCE, il n’y aucune chance pour que la moindre avancée sociale n’aboutisse. Imaginons un moment que l’Europe se donne comme priorités les politiques irlandaises en matière de fiscalité, une politique familiale d’inspiration catholique et la neutralité en matière de défense, c’est le projet européen tout entier qui s’effondre.
Si l’Europe ne peut se construire contre les peuples, ceux-ci n’ont pas systématiquement raison lorsqu’ils s’opposent.
Suivre les desideratas de toutes les expressions nées des referendums mène à l’impasse pure et simple. Nous disparaîtrions et orchestrions des reculs sur tous les plans et c’en serait fini des politiques européennes. Même si nous cheminons dans le cadre d’une absence de menace sur nos libertés depuis la chute du rideau de fer, nous ne devons pas oublier les enjeux qui s’imposent à nous en termes de puissance. Très peu efficace en matière de gestion des crises, l’Europe est pourtant notre seul rempart. Si nous souhaitons exister politiquement dans le monde et défendre un modèle social et économique, il faut se donner les moyens d’un nouveau cadre de coopération.
Pour cela, le premier effort serait de limiter les points de fuite qui dispersent l’Union comme le projet d’Union méditerranéenne conçu pour faire pièce à l’Allemagne. Soyons radicaux, appliquons les propositions du plan Joschka Fischer sur le développement d’une avant-garde intégrée. Ce noyau dur permettrait d’avancer à quelques-uns, avec les plus volontaires et incarnerait la voie fédérative. Un cercle plus large concernerait ceux des pays qui préfèrent une union purement technique.
Cette relance d’une union à géométrie variable permettrait de redonner du grain à moudre pour la plupart des projets qui attendent : énergie, développement durable, recherche, formation, immigration, diplomatie, défense, politique économique… Elle permettrait de ne pas renoncer à cette utopie mobilisatrice entre ceux qui consentent à reprendre l’ouvrage là où on l’avait laissé. Elle redonnerait de la consistance au projet de communauté politique tant espérée.
En complément de ce que dit Jean-Louis Bourlanges, il faut agir sur l’offre politique européenne. Concrètement, il s’agit d’expérimenter une Europe à la carte puisque plus personne n’aime plus le menu.







