> Tribulations d’un camarade qui s’oppose

Lundi 16 juin 2008

Trop tard, j’ai bien failli ne jamais prendre le vol pour Paris samedi matin. La veille, il m’a fallu aller rechercher ma carte d’identité ans mon bureau au travail et l’heure de l’enregistrement de 6h20 m’avait échappé. Heureusement que mon camarade René Lloret m’interpella devant le stand d’Air France sans quoi je crois bien que j’aurais fait demi-tour. La compagnie nationale me facture mon billet 150 €. Je me demande si cela vaut la peine pour assister à une convention nationale du Parti socialiste qui porte sur la révision de la déclaration de principes et une réorientation de nos statuts nationaux. J’ai déjà dit ici tout le mal que je pense de ce calendrier qui compte mettre tout le monde d’accord sur le fond pour cantonner le congrès aux questions de personne. Sans la présence amicale de mon camarade, j’aurais certainement rebroussé chemin. Mais voilà, le coup de fil de Marie mercredi dernier était clair, billet non-échangeable et non-remboursable. Je conserve ma facture et espère quand même me la faire rembourser. En vol, je profite de la conversation de René qui est un militant exemplaire. Nous nous connaissons depuis la campagne municipale où il s’est mis à la disposition de Pierre Cohen pour le conduire un peu partout dans une ville que le candidat découvrait. Il partageait avec moi l’infime honneur de figurer en bas de la liste en position inéligible. Il est aussi le beau-frère d’un dirigeant du TO XIII, l’équipe toulousaine de rugby à XIII. Nous n’avons que de bons sujets de discussion. Il est enfin Fabiusien et depuis peu je suis amené à avoir de plus en plus de sympathie politique pour ses camarades.

Nous pensons être encore en retard à l’atterrissage et nous prenons le premier taxi pour écourter le trajet Orly-Ouest-La Villette. Je rajoute 32 € de taxi à la note que je constitue. C’est le malheur de ne pas faire le trajet avec un élu qui la plupart du temps avance de sa poche ce genre de faux frais. Mais nos élus si nombreux sont à leurs affaires et ne consacrent plus autant de temps qu’autrefois à la vie du parti. Aussi nous devons faire face nous-mêmes. Notre taxi ne prenant ni carte bleue ni chèque, il me dévalise ce que je conservais comme liquide. En outre, il passe son temps à nous faire part de ses petits tracas administratifs en ce qui concerne la mise en place de la moindre facilité de paiement. Il donne cent fois raison au rapport Attali. René et moi oublions de préciser que nous sommes socialistes. Le ton « petit commerçant » de ce chauffeur me fait craindre le pire en matière d’opinion politique. Je pense intérieurement qu’il pourrait être Irlandais. Je ne sais pas ce que j’ai contre mes cousins celtes depuis peu mais ils me courent sur le haricot.

Nous devons être les premiers à émarger la liste des délégués de la convention. La salle est interdite car la réunion n’est pas ouverte. Je croise Christophe Borgel qui semble préoccupé par une commission électorale. Trompant notre désœuvrement, nous découvrons la cafétéria de la Cité des sciences. Et ce n’est qu’au bout d’une ½ heure que nos camarades de Haute-Garonne nous retrouvent. Nous avons plus que rattrapé notre retard avec le taxi. Retour à l’accueil des délégués. Le service d’ordre a ouvert la voie. La brave Eric Plumer, chef attitré de la sécurité du parti, est toujours aussi sympathique. Il fait bon avoir milité en Loire-Atlantique un temps. Il me semble que le recrutement puise dans l’Ouest de nouvelles têtes. Mais l’orientation fait défaut. Je me retrouve avec mes camarades dans un groupe où quelques Delanoeistes, Elisabeth Guigou en tête, s’énervent à tourner en rond depuis un certain temps sans trouver la moindre entrée à la salle. C’est chose faite au bout d’un quart d’heure. Il semble néanmoins que la foule ait décidé de continuer à emprunter l’immense boucle insensée que nous avons initiée du fait des errements de fléchage. Nous sommes comme des moutons et c’est somme toute assez caractéristique de l’état du parti.

Installé en arrière du carré VIP, je me concentre sur ma mission. Délégué, je souhaite rééditer mon vote de section à la convention. C’est un peu négatif, mais je ne comprends toujours pas ce qui pourrait me faire changer d’avis. Le fait qu’Alain Bergougnoux, rocardien historique, ait prêté main-forte à François Hollande pour faire une dernière fois dans sa trop longue carrière œuvre de synthèse factice ne me trouble pas. Certes les appuis des quelques Européens, Angelika Schwall-Düren, vice-présidente du SPD et Poul Nyrup Rasmussen, Président du Pse, présents à la tribune pouvaient me déconcerter. Mais le fait que Jean-Luc Mélenchon et Gérard Filoche ne s’opposent pas au texte mais en retirent une légitime fierté me redonne du courage. S’ils avaient voté contre, je me serais senti floué car mon vote leur aurait été attribué. D’ailleurs, Jean-Christophe Sellin qui fait le va-et-vient entre le devant et le fond de la salle me demande si je demeure fidèle à ma décision. J’hésite en lui épondant car je n’aimerais pour rien au monde apparaître dans leur comptabilité.

Après plusieurs interventions, j’entends Adeline Hazan, qui préside, demander à Gaëtan Gorce de se préparer à son tour. Je me souviens que le député de la Nièvre était en opposition complète avec l’agenda de la direction après l’échec des présidentielles. Lorsque vient son tour, j’apprécie mot à mot ses propos. Ils traduisent l’essentiel de ma pensée. Bien qu’étant le seul à applaudir, je fais suffisamment de bruit pour que les deux personnes devant moi se bouchent les oreilles. Ce texte est consensuel à un moment où le parti devrait se mettre au clair. Ce texte n’apporte rien d’essentiel alors que nous devrions faire un travail lourd d’introspection. Ce texte est issu d’un compromis entre des sensibilités datant du dernier congrès à un moment où les recompositions sont si importantes. Ce texte n’a pas associé les militants et n’a pas été le fruit d’un échange quand nous avons tant besoin de retrouver le temps du dialogue puis de la synthèse. C’est en effet, sur ce dernier point que Gaëtan Gorce a le plus raison. La synthèse s’affirme de plus en plus comme un préalable au débat socialiste. Sa faiblesse est donc entière. Au lieu d’être le fruit d’un rapport contradictoire, d’un dépassement des conflits c’est un évitement perpétuel auquel nous assistons impuissants. Je n’insiste pas sur mes premières impressions qui concernent les ambiguïtés du texte, un style peu direct et empesé. Au moment du vote, nous sommes trois à nous opposer sur un total de plus de 500 votants. J’ai été heureux et fier d’avoir trouvé un porte-parole sans quoi je me serais trouvé bien seul dans cette immense salle.

Vote à main levée sur la déclaration de principes
Pour : 518 voix.
Contre : 3 voix dont la mienne.
Abstention : 18 voix.

Vote à main levée sur la modification des statuts
Pour : 506 voix.
Contre : 25 voix dont la mienne.
Abstention : 7 voix.

Par la suite, une déclaration sur la vie chère résume la position du Parti socialiste. Elle est lue par Kader Arif et souffre à mon goût d’une faiblesse quant à la teneur de ses propositions. Il est plus facile de critiquer que d’esquisser des solutions pratiques. Mais le congrès est censé nous mettre d’attaque sur les sujets plus prosaïques de notre projet.

Retour à l’aéroport après un détour par le musée du Jeu de Paume où j’ai pu admirer un aperçu de l’inestimable collection de clichés d’Alec Soth et traverser les Jardins des Tuileries sous un cagnard parisien aveuglant. Durant le vol retour, j’ai eu le plaisir de côtoyer un retraité de l’équipement, maire d’une commune du canton de Cintegabelle. Seul hic, il était satisfait du résultat du référendum irlandais. Toulouse apparaît vers 21h00.

Ps : Une initiative à suivre : http://www.pourlemandatunique.net/.

2 réponses vers “> Tribulations d’un camarade qui s’oppose”

  1. chouka a dit :

    Effectivement je pensais que tous les votes non étaient proches de Mélanchon.

    Tu as la volonté de secouer le cocotier. Et les fruits ne sont pas loin d’être murs.

    Mais en l’occurence, je pense que voter non est excessif, c’est une décla qui va dans le bon sens, relis la précédente.

    Pas suffisante ? Sans doute.
    Il faut donc mettre un surplus de qualité dans le congrès…

  2. Hugues a dit :

    L’omniprésence de François Hollande me fait peur pour le surplus de qualité !


Laisser un commentaire