> Mon blog et moi
Des étudiants de 2e année de Sciences Po Toulouse m’ont transmis un questionnaire qui permet de répondre à cette question « mais pourquoi fais-tu un blog ? » Mes réponses paraîtront un tantinet prétentieuses, mais je crois qu’avec ce pensum, j’en aurais fini de me répéter. Bien entendu, ces braves universitaires ne posent pas la question la plus répandue à savoir s’il ne faut pas être un peu mégalo pour rédiger une littérature personnelle. Je dois confesser qu’il y a bien de l’orgueil à croire que ce que j’écris ne peut laisser indifférent toute la toile. J’avoue également que les blogueurs que je connais sont dans leur immense majorité des hommes et que les femmes doivent avoir un peu moins besoin de se la raconter. C’est un fait qui doit entrer en ligne de compte et que je ne souhaite pas soustraire à votre sagacité. Pour le reste, je réalise un petit tour d’horizon assez complet en 28 questions.
1) Comment travaillez-vous ?
Je ne travaille pas suffisamment, mais quand je m’y mets, j’écris à l’instinct. Je réagis à l’actualité. Je parle parfois de ma propre actualité quand j’en ai une. Je laisse exprimer mon humeur du moment. La plupart du temps, je ne fais que réagir avec un peu de retard.
2) Comment vous décririez vous ? Blogreporter ? Journaliste ? Journaliste citoyen ?
Blogueur ou citoyen me convient parfaitement. Pour le reste, je sais que je ne suis pas journaliste car je ne traite pas de l’information. Je réalise sur mon temps libre et à de rares moments quelques mots. Je n’ai pas de rigueur d’écritures. Je survole la description des faits et je ne prétends à aucune objectivité. Au mieux, je m’essaie à un point de vue de type éditorial.
3) Décrivez-nous votre blog ?
C’est le blog d’un militant politique et celui d’un toulousain qui observe ses contemporains.
4) Quelles sont les raisons de l’ouverture de votre blog ?
C’est à la suite d’une proposition liée à l’abonnement au journal Le Monde que je me suis décidé à mon retour de vacances de l’été 2006 à tenter l’aventure. J’avais quelques photos d’un périple en Bretagne et j’ai ouvert http://nucnuc.blog.lemonde.fr. Cela m’a paru très simple. J’ai commencé avec quelques citations pour voir ce que cela pouvait donner et je me suis pris au jeu. Le Monde a changé de formule et est passé d’une plate-forme à une autre et, depuis quelque temps, je suis sur http://nucnuc.wordpress.com mais mon adresse générique est http://nucnuc.fr.
5) Votre blog est-il une finalité ou une étape vers autre chose ?
Cela sera peut-être une étape. En réalité, dans mes motivations il y avait le souvenir vivant des écrits d’un homme politique breton, François Tanguy Prigent. Dès son jeune âge, cette personnalité écrivait un éditorial par semaine dans la lettre de sa coopérative agricole puis dans le journal de la fédération socialiste du Finistère. La lecture de sa biographie durant l’été 2006 m’a montré que ces écrits étaient les seuls témoignages qui permettaient de découvrir ses prises de position avant qu’il ne soit parlementaire. J’ai trouvé qu’il y mettait un certain style et par ce souci de mise au point donnait du sens à son engagement. Ces éléments permettent de l’accompagner dans son militantisme ainsi que dans les mutations que connut son combat.
6) Comment choisissez-vous le thème de vos articles ?
Je répète que c’est l’instinct qui me guide. Je peux écrire à la suite d’une émission de qui m’a particulièrement irrité ou dans la foulée d’une réunion qui a mal tourné. J’aime bien rapporter une humeur. La plupart du temps, je dénonce. Plus rarement, j’exprime mon contentement vis-à-vis de tel ou tel épisode de la vie politique française. Il m’arrive également de souligner une expression que j’ai trouvée remarquable. Mais mon site est truffé de reprises militantes d’articles laudatifs vis-à-vis de mes quelques préférences sociale-démocrate, bosniaque, anti-cumularde ou européenne. Quand je ne reprends pas des textes, je diffuse des invitations à des rencontres ou je pique des vidéos sur d’autres sites. C’est assez fourre-tout. Il faudrait que je fasse du tri dans le classement par catégorie.
7) Pouvez-vous nous expliquer le choix du titre de votre blog ?
Au début, j’avais mis en exergue la formule : « je ne suis pas un libéral simpliste. » Mon cousin germain m’avait répliqué par un « je ne suis pas un sidéral lampiste. » À la suite de quoi j’ai petit à petit évolué vers « HB powered by nucnuc. » En fait, c’est assez simple. HB ce sont mes initiales. Nucnuc, c’est un surnom que l’on m’avait donné lors de mon premier travail en tant que collaborateur d’élu. À l’époque l’opposition de droite au maire de gauche pour lequel je travaillais m’avait surnommé le « Sarkozy du maire. » C’était du temps de Balladur ! Et dans les services, parce que j’étais pressé, mon surnom était nucnuc un peu comme speedy Gonzalez. Je crois que je n’étais pas toujours disponible pour le personnel de l’accueil. C’était cependant assez affectueux. Je ne sais pas exactement pourquoi mais j’ai gardé le sobriquet qui pour moi était attaché à mon empressement. Alors un peu d’intemporalité pour HB à quoi j’ajoute un peu d’énergie du nucnuc que j’étais, voilà cela donne une idée de l’auteur du blog. Cet auteur est donc un mélange de ce que je suis et de ce que j’aimerais être. Ce que je suis : un militant régulier qui respecte les règles et répond toujours présent. Ce que j’aimerais être, un citoyen engagé qui fait preuve d’un plus grand détachement et donc d’une plus grande liberté.
8) Quelles sont les sources que vous utilisez, comment collectez-vous des informations ?
Je lis mon quotidien régional tous les matins au travail. Il s’agit de la Dépêche du midi. Je lis deux quotidiens nationaux assez régulièrement : Libération et Le Monde. Plus occasionnellement, je découvre La Croix et Les Echos. De plus, j’ai des habitudes solides avec le Nouvel Observateur. Les journaux que je n’achète pas, je les parcours à la médiathèque. Je suis également abonné aux flux rss de certains blogs politiques. Il s’agit de la plupart de ceux que j’ai listés sur mon blog. Enfin, j’écoute les matins de France culture, L’esprit public le dimanche et quelques émissions de télévision dont Ce soir ou jamais et Le grand journal.
9) Connaissez-vous vos lecteurs ? Ont-ils une influence décisive sur votre propre travail ? Avez-vous une idée de leur nombre ? Sont-ils eux-mêmes des blogueurs ?
Quelques amis blogueurs font des commentaires. Au départ, mes lecteurs étaient des amis que je connaissais bien. Par la suite, j’ai découvert quelques lecteurs qui me laissaient des commentaires mais plus sûrement m’adressaient des mails en réaction à certains articles. Cela a été notamment le cas de ceux qui mentionnaient mes origines bretonnes. Quelques Landévantais se sont manifestés. Avec ma nouvelle formule, je n’arrive pas à me défaire de l’obligation que les commentateurs ont de s’identifier avant de laisser un mot. Je sais que cela constitue une barrière. Enfin, j’ai un commentateur attitré qui réagit compulsivement sur mon blog mais il agit de même dans tout ce qu’il entreprend. Ça finit par me laisser indifférent sauf lorsqu’il injurie certaines personnes. Cela fait un moment qu’il est informé que je le censure à chaque récidive.
10) Le nombre de visites et de commentaires influence-t-il votre travail ou le traitement de tel ou tel sujet ?
Non. Absolument pas. Je suis étonné de découvrir les articles les plus lus. Avec l’interface que m’offre la plate-forme wordpress, j’ai une idée de ce qui est populaire. Aussi, je découvre après coup le succès de tel ou tel post.
11) Le fait de recevoir des commentaires constitue-t-il une contrainte ou un apport ? Cela remet-il en cause votre travail de blogueur ?
Je me souviens que pendant la primaire pour la désignation du candidat socialiste aux présidentielles, certains commentaires m’avaient obligé à une certaine modération. J’ai souvent partagé l’avis de ceux qui s’offusquaient de la virulence de mes attaques.
12) Y répondez-vous par plaisir ou par obligation ?
Plaisir.
13) Protégez vous le contenu de votre blog ?
Non. Mais la raison de cela est que je ne sais pas comment faire. Cependant, j’aimerais garder une trace de ce blog.
14) Avez-vous déjà eu des problèmes ou des litiges concernant votre blog ?
Non.
15) Rapport avec les autres blogs ?
J’ai une liste de blogs que je lis quotidiennement à travers un agrégateur de flux rss.
16) Vous informez-vous de l’actualité en interagissant avec d’autres blogueurs ?
Non.
17) Vous informez-vous de l’actualité en lisant des blogs écrits par des journalistes ?
Très peu. Je lis leurs journaux sur le net ou j’écoute leur radio.
18) Y a-t-il influence, concurrence avec d’autres blogs sur le choix des sujets par exemple ?
Non. Je reprends parfois ce qui est écrit sur d’autres blogs en les citant. Car certains blogueurs s’expriment mieux que moi sur des sujets qui nourrissent une perception identique.
19) Considérez-vous tous les blogueurs/blogs comme égaux ?
Non. Il y aura toujours la différence de la qualité et les centres d’intérêt sont trop divers.
20) Considérez-vous que tout le monde devrait avoir son mot à dire dans le traitement de l’actualité ? Ou alors que certaines compétences sont nécessaires ?
Des compétences sont nécessaires pour établir la hiérarchisation, l’exhaustivité, la vérité, l’élucidation ou la clarté de l’information. Une distinction plus forte doit être faite entre éditorial et reportage. J’en suis à mille lieux. L’information reste un métier.
21) Dans quelle information avez-vous confiance (blogs, presse, syndicats, etc.) ?
J’ai une grande confiance dans la presse écrite quotidienne, radio, magazine et télévision. Même si mon arrivée à Toulouse coïncidé avec l’affaire Allègre, je dois dire que je conserve un grand appétit pour les médias. J’avoue que certains auteurs de référence ont une influence importante sur mon opinion. Enfin, j’ai quelques penchants personnels qui font que je fais particulièrement confiance dans la presse de mon syndicat alors même que je n’accorde qu’un crédit limité à l’information en provenance de mon parti.
22) Vous estimez-vous légitime par rapport à l’information ?
Oui, lorsque je raconte les péripéties de ma formation politique. Je suis légitime en tant qu’acteur car je suis un membre critique de mon organisation. Je délivre parfois des informations peu développées qui émanent d’une vision intérieure à la structure. Mais j’ai conscience que c’est une information parcellaire. C’est d’abord celle que diffuse un interprète et non un commentateur.
23) Pensez-vous être délégitimé, en tant que blogueur, par les journalistes professionnels ou les journalistes écrivant un blog ?
Non. Je pense que nous faisons des choses différentes. Parfois, certains journalistes deviennent blogueurs lorsqu’ils font des confidences sur la réalité du terrain qu’ils observent et que ces observations ne se retrouvent pas publiées ailleurs que sur la toile. Ensuite, il existe des médias sur le net qui ne sont pas seulement une suite de blogs. Peut-être que Médiapart, Rue89 ou Bakchich réalisent des enquêtes avec moins de pression et de ce fait arrivent à traiter plus précisément certains sujets parce qu’ils sont sur le net mais s’ils avaient les moyens de diffuser sur un papier, je crois qu’ils tenteraient tout de même l’expérience.
24) Le statut d’amateurisme est-il une contrainte ?
Au contraire, c’est une immense liberté. L’amateurisme serait plutôt une limite que l’on se concède en ayant pleinement conscience de l’enjeu.
25) Votre avis sur les journalistes qui font des blogs ?
Ils sont intéressants lorsqu’ils traitent de la façon dont ils effectuent leur travail car autrement, il faut bien dire que c’est leur papier qui m’intéresse. Je connais et apprécie les blogs de Jean Quatremer, David Revault d’Allonnes et Jean-Michel Apathie.
26) Considérez-vous les blogueurs comme un contre-pouvoir ?
Si c’est un contre-pouvoir, il ne peut être très efficace car largement hétéroclite et inorganisé.
27) Que pensez-vous du classement « reporters sans frontières » où la France est 31e au classement 2007 de la liberté de la presse ?
Il existe une prépondérance trop grande des éditorialistes sur les reporters, un manque de distance entre journalistes et politiques, une trop grande révérence aussi, et il faut ajouter que la plupart des organes de presse appartiennent à des groupes industriels qui vivent de la commande publique et qui de ce fait se servent de leurs médias comme faire-valoir pour leur stratégie commerciale. Cela n’aide pas, mais je constate par ailleurs qu’il n’y a plus grand monde qui lit encore un quotidien. Il m’arrive fréquemment de distribuer des tracts à la sortie du métro à Toulouse. Je suis frappé par les étudiants qui ne lisent que des gratuits. Il me semble que pour l’innombrable majorité d’entre eux, cette lecture est leur source d’information écrite principale. Je me souviens que, quand j’avais leur âge, je lisais plus qu’aujourd’hui. Je sais que ma curiosité me portait alors vers des journaux assez divers. Aujourd’hui, je me suis recentré vers ceux qui ont, depuis plus d’une vingtaine d’années, mon adhésion personnelle.
28) Décrivez un blogueur type idéal …
Le blogueur type idéal, c’est un auteur qui se livre de façon régulière en partant de son vécu ou d’une actualité et qui met un peu de distance pour faire en sorte que son point de vue ait une valeur générale. Inutile de préciser que ma propre composition est très éloignée de ce modèle.






































































Mardi 20 mai 2008 à 3:28
Si tu veux, à l’instar du breton que tu cites, rédiger un édito par semaine pour http://www.toulouse7.com ce sera avé plaisir !
Mercredi 21 mai 2008 à 12:44
On voit ça ce soir autour d’une mousse au London Town ? Isn’it ?