> Comme une excitation !

23 octobre 2005

Il y a comme une excitation chez moi en ce début d’après-midi de samedi. Je lis le SMS que la Fnac m’adresse pour m’informer que ma commande est disponible. Je ferai un tour vers la place Wilson avant d’aller à la médiathèque José Cabanis. Le livre que j’attends est un cadeau que je me fais à moi-même même si la fin du mois est proche, que je n’ai plus grand chose en poche et que Jean nous a prévenu que nous ne serions pas payé « très tôt » en octobre. J’ai beau m’indigner, cela ne sert absolument à rien. C’et un peu tous les mois pareil. Il semble que je sois le seul à tenir à cette paye. Mes collègues sont de véritables carpettes. A croire qu’ils sont bénévoles eux. Ou rentiers, va savoir ? Je devrais peut-être raser les murs moi aussi. Quelle dure loi que celle de l’économie solidaire ! Une économie qui ne dit pas son nom, la chiche économie !

Je reviens à mon petit plaisir. Le livre que je vais acheter est celui de Mathias Enard, un pote de Julien qui parle le persan et l’arabe et vit à Barcelone. Je l’ai rencontré pour la première fois cet été à une fête dans une villa de Larmor Baden. Il avait l’air sympathique. Très drôle même. Il commence ou il termine la villa Médicis. Je ne me souviens plus très exactement. Mais il est piqué d’un bon sens de l’humour et ne crache ni sur la prochaine bouteille ni sur son prochain. Ce critère d’humanité est un de mes préférés. Il aide à distinguer les personnages les plus compliqués et Mathias ne l’est pas tant que ça.

Tout ça pour dire que contrairement aux êtres épris de littérature, j’ai été particulièrement interpellé par le sujet de son premier bouquin « la perfection du tir ». Son écriture, je l’analyserai après si j’ai le temps et s’il écrit à nouveau. En tout cas, ce qui m’a tout de suite impressionné, c’est qu’il dit vouloir réhabiliter le franc-tireur ou le tueur à gage d’autrefois que l’actualité a salement galvaudé depuis la guerre en Bosnie en imposant le nouveau vocable de sniper.

J’avoue avoir un faible pour la psychologie du tireur. Cette tension, cette intuition de l’autre dans les situations les plus imprévus et ce calme, cette retenu, cette maîtrise du souffle et du corps tout entier, ouahouh ! dingue ! D’ailleurs, j’avais tellement parlé autour de moi de l’admiration que je portais à cette discipline que le premier courrier d’Antoine adressé de Dublin pendant son année d’Erasmus contenait une brochure du club de tir du Trinity college. Cependant j’ai généralement trouvé trop beauf de m’inscrire dans un stand de tir. A Nantes, j’aurais croisé les ouvriers municipaux et quelques anciens ou futurs barbouzes. Je me trompe peut-être. Qui sait à Toulouse ce que je ferais après cette lecture qui n’a pas commencé sauf pour les quelques premières pages survolées dans le métro ? A moins que je ne mette au golf comme me le suggère Jean. Mais c’est peut-être un peu trop bourgeois pour moi. Pas assez Rock and roll en quelque sorte.

Seulement le tir est une passion –si je peux employer le terme- qui remonte à l’époque où avec Frédéric, nous étions allés à Sarajevo pendant la guerre. C’est en 1993 que nous avons accompli notre premier séjour. Nous devions nous ravitailler dans le quartier assez exposé de Skanderja qui servait de résidence aux troupes françaises fortement pourvues en alimentation, cigarette et alcool. Ce type de produits subit une inflation significative en période de troubles et de festivités. Et les festivités du nouvel an battaient leur plein lorsque nous étions là-bas. Parmi le groupe d’anciens de l’Assemblée européenne des citoyens, c’étaient les plus jeunes, c’est-à-dire nous deux qui étions chargés d’affronter ce quartier exposé aux tirs des assiégeants. Il y avait un pont à franchir et je me disputais avec Frédéric avec la ferme conviction que c’était moi qui comprenais le mieux la mentalité du tireur qui nous observait. Faut dire que nous prenions nos précautions, nous réalisions l’exploit de nuit car ça pétaradait en permanence dans le coin dans le but d’impressionner nos pauvres petits engagés. J’avais un avis tranché sur la question et j’insistais que le fait qu’il ne fallait pas cavaler. Pour moi courir était un signe de crainte qui éveillait le regard du tireur, sa vigilance et titillait son sens inné du défi. Dans une fête foraine, je n’ai vu personne tirer sur des ballons immobiles. C’est trop facile et il n’y a là aucun plaisir. Alors, convaincu de mon fait, je me suis tenu à ce principe même lorsque le bruit de la mitraille se fit plus pressant et nous fit sursauter. Il ne m’est rien arrivé. A Frédéric non plus d’ailleurs et heureusement. Si bien que je n’ai pas pu savoir quelle thèse l’emportait. Même si Frédéric ne développa pas son propos tant il lui semblait naturel. C’est pourquoi j’ai comme une excitation à l’idée de lire ce bouquin.

NB – J’exagèrerais si je n’ajoutais que je trouvais proprement ignoble de voir les Bosniaques recevoir des obus sans compter. Les circonstances les empêchaient de riposter. Je partageais leur impuissance et mon malaise ne fit que s’accroître quand les autorités européennes s’empressèrent de demander le désarmement. Ce que les Bosniaques firent dans la plupart des réduits où ils étaient cantonnés compte tenu du déséquilibre des forces en présence. Aucune de leurs enclaves ne survécurent à notre lâcheté. Elle exigeait des uns leur démilitarisation et n’empêchait nullement ceux qui ne s’y engageaient pas d’anéantir les premiers. Cette complaisance dans l’horreur me submergea de dégoût. Je pense toujours qu’il aurait fallu armer les Bosniaques et trouver un modus vivendi par la suite. Toute cette affaire donna lieu à un immense mea culpa. J’ose espérer qu’il contribuera à aider nos institutions à découvrir qu’elles étaient trop pacifistes et pas assez en faveur de la paix.

Maurice 

Du grand Maurice !

Illustration page 30 – Maurice et Patapon – tome 3.

4 Réponses to “> Comme une excitation !”

  1. Filip Says:

    ESS

    Economie Sociale et Solidaire.

    Ca ne cache pas son nom ! Mais c’est en plus, souvent, en tout cas pour ce qui est des associations, des structures sans fonds propres, ou avec des fonds propres très limités, ce qui n’est déjà plus le cas d’une coopérative, dotée d’un capital.

    Et cette caractéristique a un effet direct: une trésorerie particulièrement difficile à gérer tant que des exercices bénéficiaires n’ont pas été réalisés. Or, des exercices bénéficiaires, pour une association, surtout si celle-ci bénéficie essentiellement de subventions et non pas de prestations, c’est assez difficile à réaliser.

    Cela peut donc avoir des conséquences sur le poste principal de dépense: les rémunérations et cotisations afférentes.

    Comment « compenser » cela ?

    La participation aux décisions, la participation pleine et entière à un projet collectif, le surcroît de « sens » dans son travail, et la certitude que le développement de l’activité bénéficiera quasi directement aux conditions de travail et de rémunérations futures.

    C’est autre économie !

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  2. Hugues Says:

    Aucun commentaire sur le sujet central du post. Par contre quel excès sur les à-côtés. Ah le formidable monde de l’économie sociale et solidaire ! Je n’y avais pas pensé à faire un post là-dessus. Surtout je ne l’aurais pas fait sur le mode alter, à la manière de Filip. Mais pourquoi pas finalement. Qu’est-ce que l’économie sociale et solidaire ? C’est déjà une question typiquement sociale et solidaire. Mais bon sautons sur les heures, que dis-je les années de débats pour trancher LA question. Allons à l’essentiel. Je pense que cette économie gagnerait à faire moins la morale au reste de la planète, à offrir des solutions nouvelles à la question sociale et au désengagement de l’Etat et enfin à convaincre par ses réussites tant économiques que sociales. A bas le discours militant de l’alternative !

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  3. Filip Says:

    Je suis d’accord sur le fait qu’il n’y a pas de leçon à donner.

    Il est particulièrement utile et noble de produire du dentifrice ! Et ce n’est q’un exemple.

    Pour ce qui est de pouvoir produire de vrais et nouveaux services, il me semble que c’est déjà le cas, et depuis fort longtemps (Mutuelles, transports alternatifs, services à la personnes, etc.)

    Pour pouvoir assumer complètement ses obkectifs, et notamment en matière sociale, il conviendrait que cette ESS s’assume mieux en tant qu' »économie ». Je reviens à mon propos d’hier: ce qui est à la source de bien des difficultés de ces structures: un manque de fonds propres.

    Et pour avoir des fonds propres:
    – Un projet structuré
    – Des partenaires financiers
    – Des résultats

    Les frontières de l’ESS sont floues: oui.

    Mais tout de même:
    – Statut d’associé des salariés
    – Limitation de la rémunération du capital

    Ce sont là de mon point de vue les premiers critères distinctifs.

    Ce qui est beaucoup plus difficile, c’est quant il faut distinguer non plus comment l’ESS produit (là elle peut facilement se distinguer), mais ce qu’elle produit. J’y reviens, procter et gamble, en produisant du dentifrice, est très utile. Par contre Procter et Gamble ne répond probablement pas aux premiers critères présentés plus haut.

    Non ?

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