> Nono (2)

24 octobre 2005

Extrait de la récente revue de presse de mon ami Bruno Roualland, alias Nono, que j’invite à animer un weblog à son tour. Il sera en tête de mes liens favoris. Ce texte comme bien d’autres était surligné d’innombrables couleurs fluo -je n’imaginais pas qu’on pouvait faire des stabilo-boss d’autant de couleurs- que je ne peux vous retranscrire tout comme les commentaires qui valaient de l’or. C’est un exemple qui souligne l’intérêt que Nono porte à sa manière aux questions religieuses.

Michel-Ange, le Christ et l’éphèbe

Article paru dans l’édition du Monde du 16.10.2005 par Michel Masson, professeur émérite d’hébreu à l’université Paris-III.

Michelangelo8

Michelangelo – Pieta (détail) – 1499 – Marbre – St Pierre – Vatican.

L’Eglise de Rome s’inquiète beaucoup des homosexuels : le synode des évêques songe à leur interdire la prêtrise et, par la voix du nouveau catéchisme, Benoît XVI, à peine élu, tient à rappeler leur statut de pécheurs.

Il pense aussi refuser les sacrements aux hommes politiques qui prennent parti pour le mariage homosexuel. Et ne parlons pas des fulminations subalternes de tel ministre italien ou polonais…

L’Eglise s’est grandie en se repentant – tardivement – du mal qu’elle a causé aux juifs, aux protestants, à Galilée. Sans doute serait-il temps, à propos du péché « contre nature », qu’elle médite la leçon laissée par Michel-Ange dans le plus haut lieu du catholicisme, la chapelle Sixtine.

Tout autre que ce titan emploierait de longues démonstrations pour ruiner l’argumentaire de l’homophobie catholique. Il dirait que les prescriptions de l’Ancien Testament ne sont plus contraignantes depuis que Paul de Tarse, au nom de l’Esprit, contre la lettre, a délié les chrétiens de la circoncision et des interdits alimentaires. Il dirait que les interdits prononcés par Paul de Tarse lui-même sont eux aussi relativisés : nul ne prétendrait plus aujourd’hui que « la femme doit se taire dans les assemblées », que « les esclaves doivent servir leur maître avec respect » ou « qu’il n’y a pas d’autorité qui ne vienne de Dieu » ? Il dirait encore que la sempiternelle référence aux lois de la nature suppose qu’on les connaisse indubitablement alors qu’on sait bien que, toujours pour citer Paul de Tarse, « la science disparaîtra, car partielle est notre science… » et que, s’il est vrai que l’acte sexuel « ouvre au don de la vie », rien ne prouve qu’il se limite nécessairement à cela. Il pourrait ajouter que tous ces adeptes du célibat, qui choisissent de contrer la nature, sont mal placés pour reprocher à d’autres leurs moeurs « contre nature » et qu’ils oublient bien vite que le christianisme est par nature contre nature puisque ce qui précisément fait sa grandeur, le pardon des offenses, consiste à briser le mouvement premier de la nature.

Non, Michel-Ange, lui, dédaigne le réquisitoire. Depuis le sanctuaire qui porte ses fresques il proclame le triomphe de l’Amour, dont la plus haute manifestation est celle du don et de l’abandon du Christ en Dieu : « Que Ta volonté soit faite. » Si nous faisons l’effort – certain – de regarder, il nous montre aussi que, par le don et l’abandon, l’homme peut se rapprocher de cet idéal. Pour nous convaincre, dans un parcours initiatique qui retrace l’histoire du Salut depuis la création jusqu’au Jugement dernier, il concentre notre attention sur tout un peuple de jeunes gens nus pris dans cette Histoire, les ignudi et, si nous osons voir, nous découvrons que l’éphèbe qui se donne charnellement joue le rôle de modèle : en se donnant de son propre gré, se faisant, si l’on ose dire, activement passif, il devient la préfiguration la plus achevée de l’amour christique. Inversement, le Christ est l’éphèbe par excellence.

Qu’on ne se méprenne pas ! Il ne s’agit pas là du premier manifeste gay de l’Histoire. Tranchant dans le vif, choisissant l’Esprit contre la lettre, Michel-Ange fond sur l’essentiel du message chrétien : l’amour. Tout le reste lui est subordonné et tout ce qui le favorise est sanctifié : l’amour qui donne la vie par la procréation mais tout aussi bien l’amour qui ne la donne pas, que ce soit celui du Christ lui-même, de Paul de Tarse qui « trouve bon pour l’homme de s’abstenir de la femme », celui de tous les clercs qui, au mépris de la « nature », font voeu de chasteté, celui de l’éphèbe ainsi que, à un niveau inférieur, celui de Socrate, contemplant dans la grâce de l’éphèbe un au-delà qui lui échappe. Comme le Christ, l’éphèbe ne procrée pas mais, comme lui, il illumine et ainsi, comme lui, il donne la Vie. L’homosexualité s’impose ainsi comme voie mystique et même comme la voie mystique par excellence, non par argumentation besogneuse mais comme corollaire au primat de l’Amour.

La fidélité de Michel-Ange à l’Eglise de Rome en des temps pourtant fort troublés, sa rigueur morale, son mépris absolu des honneurs et du luxe, sa bonté, la hauteur de ses amours et l’immensité surnaturelle de son génie qui a produit tant de miracles le désignent à l’évidence comme béatifiable.

Le message du grand homme devrait inspirer de l’humilité aux petits hommes perclus de certitudes et de haine et les aider à découvrir qu’ils sont sans doute trop catholiques et pas assez chrétiens.

Leur aveuglement suscite assurément beaucoup de compassion. Qu’ils aillent donc à la Sixtine et que les ignudi leur montrent la Lumière. Puissent-ils les préserver du péché contre l’Esprit !

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