> Souvent Alain Souchon tu écouteras

3 décembre 2005

Un vent mauvais souffle sur la France. L’Etat ne s’oppose plus au révisionnisme colonial, social, culturel et judiciaire. Des propos longtemps contenus font leur apparition sur le terrain public. On assiste à une attaque en règle des fondements de la république libérale. Dans ordre républicain, certains ne veulent entendre qu’ordre. Comment bâtir une société sur un ordre qui repose sur autant d’injustices ? Impossible quand un premier ministre évolue sur le terrain labouré par son ministre de l’intérieur. Cela fera 30 ans en 2007 que cette chanson de Souchon témoigne de l’état de l’opinion quand on la réduit à s’exprimer dans la basse-cour… 2007, vous avez dit 2007 ? ! ? !

Poulailler’s song
Paroles: Alain Souchon, musique: Laurent Voulzy, 1977

Dans les poulaillers d’acajou
Les belles basses-cours a bijoux
On entend la conversation
De la volaille qui fait l’opinion
Ils disent:
On peut pas être gentil tout le temps
On peut pas aimer tous les gens
Y’a une sélection c’est normal
On lit pas tous le même journal

Mais comprenez-moi, c’est une migraine
Tous ces campeurs sous mes persiennes
Mais comprenez-moi, c’est dur a voir
Quels sont ces gens sur mon plongeoir

Dans les poulaillers d’acajou
Les belles basses-cours a bijoux
On entend la conversation
De la volaille qui fait l’opinion
Ils disent:
On peut pas aimer tout Paris
N’est-ce pas y’a des endroits la nuit
Ou les peaux qui vous font la peau
Sont plus bronzées que nos petits poulbots

Mais comprenez-moi, la djellaba
C’est pas ce qui faut sous nos climats
Mais comprenez-moi, a Rochechouart
Y’a des taxis qu’ont peur du noir

Dans les poulaillers d’acajou
Les belles basses-cours a bijoux
On entend la conversation
De la volaille qui fait l’opinion
Ils disent:
Que font ces jeunes assis par terre
Habilles comme des traîne-misère
On dirait qu’ils n’aiment pas le travail
Ça nous prépare une belle pagaille

Mais comprenez-moi, c’est inquiétant
Nous vivons des temps décadents
Mais comprenez-moi, le respect se perd
Dans les usines de mon grand-père
Mais comprenez-moi, la djellaba
C’est pas ce qui faut sous nos climats
Mais comprenez-moi, a Rochechouart
Y’a des taxis qu’ont peur du noir
Mais comprenez-moi, c’est une migraine
Tous ces campeurs sous mes persiennes.

2 Réponses to “> Souvent Alain Souchon tu écouteras”

  1. Bastien Says:

    J’ai eu l’occasion de suivre une partie du débat de mardi matin sur l’article 4 du la loi relative aux français rapatriés:
    http://www.assemblee-nationale.fr/12/cra/2005-2006/081.asp#P37_399
    Je ne peux pas dire que cela m’évoque une situation vieille de 45 ans étant né après cette période. Mais c’est comme cela que je m’imagine le contenu des débats de l’époque;Inacceptable dans la volonté de faire passer une oeuvre impérialiste et dominatrice pour une oeuvre civilisatrice et humaniste. Inacceptable dans la condescendance que cela implique envers les peuples colonisés. Même si on ne peut jamais présenter les choses comme totalement noires ou blanches, le déséquilibre patent de l’article 4 ne peut laisser que pentois. Le second point noir de cet article est la tentative d’écriture d’une histoire officielle, comme s’il était de la responsabilité du politique d’établir les faits historiques et l’enseignement qu’il doit en être fait. C’est du même ordre que d’introduire pour des raisons religieuses une pensée créationiste dans la théorie de l’évolution. Laissons donc l’évolution aux biologistes et l’histoire aux historiens!

    Nous voici donc, après 45 ans, en train de refaire le débat sur la colonisation.
    Nous voici donc, après le vote sur la constitution européenne, après les discours populistes d’un ministre et de membres de sa famille politique, en pleine période de régression temporelle et de replis. Je ne peux que craindre les forces qui se déchainent dans ses périodes.

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  2. jean Says:

    Bien d’accord sur le fait de laisser aux historiens le soin de faire l’histoire et aux enseignants celui de faire les programmes dans limite, bien sur, de la préservation de l’ordre public (pas d’appels au meurtre, d’incitation à la haine, …). C’est une fondamentale question de forme.
    Au fond du débat, pour ce qui concerne le passé colonial de la France, il me semble qu’il faut tempérer. cette entreprise (la colonisation) très républicaine avait comme toutes les autres un objet impérialiste. On y allait pour exploiter des richesses et étendre son influence. On y allait également pour convertir des infidèles à notre religion. Il est aussi vrai que bien souvent la conquête a été militaire, qu’il y a eu des morts, des massacres, des déportations, des crimes de guerre en tous genres et il faut également se souvenir que la France a un passé esclavagiste.

    Tout celà est vrai. Tout celà doit être dit. C’est dit.
    Par ailleurs, la colonisation française, comme les autres n’a-t-elle eu que des mauvais côtés? Je crois que non. il me semble aussi absurde de nier ces côtés positifs que de passer par pertes et profits les fabuleux apports de la sanglante colonisation romaine en gaule, ou de la non moins sanglante colonisation arabe de l’Andalousie.
    Ces aspects positifs ne justifient rien, mais in fine on peut s’esbaudir devant l’Alhambra, le pont du Gard, la langue française, la ville d’Oran, les michelines malgaches, la léproserie de lambaréné, l’abolition de l’esclavage et autres produits du colonialisme.

    Le colonialisme, à son corps défendant, a longtemps été le seul vecteur du métissage des individus et des civilisations avec leurs génies respectifs. Attention, en prenant des postures faciles, à ne pas s’engager sur la voie du « chacun chez soi », « mêlons nous de nos affaires », « n’intervenons surtout pas », « on a assez fait de mal comme ça là-bas avec la colonisation pour ne pas encore venir faire la morale avec nos droits de l’homme, notre démocratie, … ».

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