Résistance

10 janvier 2006

Sarajevo_kalioscop4 Visages de la résistance bosniaque.

A l’heure où la Mitterrandie jubile, il y a de quoi (*), comment ne pas parler de la résistance. Mitterrand était tourné tout entier vers cette période de l’histoire lui qui ne croyait qu’en l’Histoire. Toutes ses relations politiques les plus chères avaient un lien avec cette période. Nul ne conteste qu’il ait été tenté par une collaboration vichyste ambiguë. Mais nul ne conteste non plus qu’il fut également un résistant au courage physique à toute épreuve. Néanmoins, quelques ombres demeurent sur son interprétation.

Gaulliste, il l’était sur un point, la France n’était pas engagée par l’Etat français pétainiste. Il fallut attendre Chirac pour que nous entendions un président dire en notre nom à tous combien nous condamnions et regrettions l’attitude des pouvoirs publics français pendant l’occupation.

Allant au-delà, Mitterrand mis sur le même plan les deux guerres mondiales et ajouta qu’il fallait comprendre les belligérants quelle que fut leur idéologie. C’est sans doute pour montrer une cohérence propre à son parcours personnel qu’il choisit de confondre et d’expliquer les uns et les autres. Beaucoup de ses amis de son âge lui pardonnèrent. Moins nombreux furent ceux qui bien que proches et appartenant à des générations plus jeunes se montrèrent plus objectifs. Jacques Attali est de ceux-là.

Mitterrand n’a jamais été ma tasse de thé. Le jubilée ne me dérange pas mais je n’y participe pas car je garde en mémoire ses positions au cours de son second septennat. L’ambiguïté avec l’agresseur serbe en Croatie et en Bosnie-Herzégovine, l’incertitude avec l’unification allemande, sa nostalgie de l’ancien ordre de la guerre froide, sa couardise face au coup d’état des maréchaux soviétiques… En toutes circonstances, il fit preuve de beaucoup de circonspection face aux mouvements de résistance. Connaissait-il les dissidents soviétiques ? Les dissidents est-allemands ? Les résistants du siège de Sarajevo ? Oui. Il avait même eu de l’audace à aller à leur rencontre. Mais il souhaitait laisser le temps au temps dans un culte voué à la fatalité. Comment ne pas comprendre autrement l’horreur que Mitterrand avait pour l’engagement ? Du temps de la seconde guerre mondiale comme durant les guerres suivantes. Par opposition à cet intellectuel, l’engagement des hommes de l’île de Sein, des paysans parpaillots du Chambon-sur-Lignon et de bien d’autres dans la résistance dès 1940 était viscéral. Rien d’instinctif pour Mitterrand que le pouvoir. Et c’est ce que je ne lui pardonne pas. Cette ambition de laisser une postérité m’est étrangère. J’espère qu’elle le restera. Il n’y a rien du plus démesuré que cet instinct humain.

La génération Mitterrand à laquelle je suis sensé appartenir par l’âge m’indiffère. De manière générale, je n’ai pas apprécié une méthode de gouvernement fondée sur l’ascendant personnel avec pour conséquence une multiplication de courtisans et trop souvent une autorité fondée sur le mépris. J’ai préféré Rocard, Jospin, Mauroy ou Bérégovoy. J’aurais préféré qu’un autre incarnât l’alternance. Mais ce serait refaire l’histoire. Confondre la France avec n’importe quel autre pays européen à l’histoire pacifiée et pacifique. Impardonnable !

(*) bilan trop connu de la gauche au pouvoir de 1981 à 1986 et de 1988 à 1995.

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