> Ubersexuel, hétérock ou grizzlysexuel ?

18 février 2006

J’ai visionné l’émission « Habillé pour les hommes par mademoiselle Agnès » sur Canal plus ce samedi où elle traite des collections automne hiver 2006-2007 de New York, Paris et Milan. A travers les défilés LES HOMMES, NUMBER (N)INE, DSQUARED2, MOSCHINO, MISSONI & BURBERRY & PRORSUM, notre journaliste nous propose l’histoire récente de la mode homme qui a marqué des étapes avec les jupes de JEAN-PAUL GAUTIER et les nichons pour hommes de VIVIENNE WESTWOOD. Mathias Augustyniak, directeur artistique de M/M a du mal à trouver ses mots. « Des modes de vies que l’on essaie, dit-il, de rationaliser et du coup ça devient caricatural ». Il essaie juste de plaquer un mot ou plutôt des jeux de mots sur des « attitudes éphémères ». Pour David Abiker, écrivain, auteur du « musée de l’homme », éditorialiste de l’émission de Daniel Schneidermann « arrêt sur images » sur France 5, c’est un juste retour des choses pour les hommes qui ont commencé les premiers à classer les femmes. C’est de bonne guerre. C’est là que mademoiselle Agnès nous met les points sur les i et nous propose sa définition du metrosexuel. Selon elle, « c’est un hétéro mais avec un grand sac à main, un cardigan fantastique sur les épaules et des déshabillés en mailles piqués à Mata Hari. Un dandy un peu chochotte mais tellement classe ». Sur les images des défilés VALENTINO, ROBERTO CAVALLI, CHANEL, notre guide nous assure que « Victoria Beckham comme muse dominant le monde ça ne pouvait pas marcher. Des hommes raisonnables ne voulaient pas finir en David Beckham imitant sa femme et parader comme elle en chemisier argenté avec la lavallière assortie. En effet, avec le mouvement metrosexuel, nos hommes commençaient à ressembler à des gigolos ».

La voix off poursuit : « Alors on appela à la virilité. A Robert de Niro dans Taxi driver. A la barbe de 72 heures. On inventa l’ubersexuel soit un metrosexuel mais qui buvait de la bière à même la cannette ». Les images défilent, JUNYA WATANABE, EMANUEL UNGARO, DOLCE & GABBANA.

Selon l’inénarrable David Abiker, chaque année, la rentrée nous propose un nouveau spécimen, le metrosexuel il y a 5 ans, cette année l’ubersexuel, l’année prochaine le robertsexuel et après le norbertsexuel… on n’en sait rien mais ils ont tous un point commun, c’est qu’ils dépensent du fric.

Jusque là, l’homme qui dépense du fric on pouvait espérer lui vendre des attachés-cases et des trucs pour lui faire briller la voiture. Aujourd’hui, mademoiselle Agnès soutient qu’on peut lui vendre des slips pétasse, des lunettes idiotes, des doudounes dorées, des bijoux au kilo, de la fourrure et même des crèmes et des produits de beauté. Pour refourguer tout ça sans remettre le viril en question on joue sur les phraséologies. On a même poussé jusqu’à vendre le concept de maquillage pour homme et au cœur du débat le botox pour homme. TOM FORD assume en consommer personnellement. Forcément la réaction arrive. On voulait du mince on aura du gras,  on voulait de l’imberbe on aura du poil. C’est dans ce contexte qu’apparaît le grizzlysexuel dont les collections du styliste JOHN BARTLETT sont la plus parfaite illustration. En France, les rois du concept ont inventé l’hétérock. Là où le metrosexuel était un hétéro qui se pommadait un peu et qui regardait comment les gays s’habillaient et se coiffaient, l’hétérock est un type qui rue dans les brancards, qui se laisse pousser la barbe, qui écoute du hard-rock…

Mais pour ce qui est du mannequin de la saison, on reste dans du grand classique. Autrefois, un mannequin homme c’était tellement de muscles que les chemises ne pouvaient plus se fermer et si possible roulé dans de tous petits slips blancs. Aujourd’hui la créatine c’est terminé. Retour au box pour les étalons. L’âge des mannequins a rajeuni. 16 ans, taille crevette, pas de muscles, pas de poil. Le grizzly n’est pas encore sur les planches. Celui qui a fait muter la mode est HEDI SLIMANE. Il se prend la tête six mois sur ses castings. Il a tellement d’influence que tout le monde suit. Tout le monde s’est alors mis à caster sur le bitume le gamin filiforme. De Neuilly au XVIe pour les plus sages et au Châtelet pour les plus audacieux. Passe des images de GASPARD YURKIEVITCH. Comme pour s’excuser, DRIES VAN NOTEN assure « ils sont frais et la fraîcheur c’est important ». Pour TOM FORD, « c’est comme si tu avais le choix entre deux gâteaux au chocolat. Est-ce que tu prends celui qui est un peu sec ou celui tout chaud, qui sort du four dont tu peux sentir encore l’odeur. Lequel des deux veux-tu manger ? ». Le tout sur des images de beaux gosses et au son de California dreams des Beach boys. Frédéric Marini, Agence New Madison, et Franck Welker, Agence Bananas, confirment. Pour les journalistes « les mannequins restent spontanés car on les rejette vite avant la date de péremption. Ils n’ont pas le temps d’être complètement spoliés par le milieu et d’être dénaturés et on la chance de les avoir intègre avec des visages et des attitudes qui sont vraies ». Pour agrémenter le sujet, mademoiselle Agnès jette son dévolue sur Joshua, un top model qu’elle élit mannequin de la saison. Habillé comme tous les gamins, il porte un immense t-shirt sur un caleçon et un pantalon trop grand. Finalement, lui aussi veut se voir comme un gros nounours. Mademoiselle Agnès ne semble pas en profiter autant qu’elle en aurait souhaité. Elle se rattrapera sur d’autres défilés.

On avait vu du RYKIEL HOMME dès le début de l’émission. Une pale déclinaison de la collection pour femme toute fabriquée par des studios. Rayures et strass. ROMAIN KREMER, prix du Festival des jeunes créateurs d’Hyères, court les vendeurs japonais après avoir réussi la prouesse d’un très beau défilé sur la musique de Jean Schultheis, Confidence pour confidence. L’émission consacre du temps au défilé HEDI SLIMANE pour DIOR HOMME. On y croise Bernard Arnault et Pierre Bergé, Jeanne Moreau dans le noir complet qui attend Etienne Daho. Charlotte Rampling, Karl qui embrasse mademoiselle Agnès, Catherine Deneuve se pressent.  Sydney Toledano, PDG de Dior se félicite : « On a fait 300, samedi, avenue Montaigne ». Gus Van Sant, palme d’or 2004 et Michael Stripe du groupe REM entourent Jeanne Moreau pour les paparazzis. Le noir est total sauf pour un point focal éclairé par un feu. Sur la musique des Eight Legs, These grey days puis Madonna, Get together, le défilé commence. Dans le silence interrompu par un trio à cordes, la dernière partie met un terme au défilé avec un HEDI SLIMANE qui salue dans la pénombre. Pour continuer, nous assistons au cœur de l’école des Beaux-Arts à la mise en scène glamour d’ANN DEMEULEMLEESTER. Parmi les mannequins, Patti Smith défile avec sa clarinette. Elle est l’amie de la « reine de l’innocence bohème ». Enfin, JOHN GALLIANO égal à lui-même propose un remake de ses précédentes collections. Plus violent et plus musclé que ce que nous avons déjà vu.

Néanmoins, le mouvement qui s’impose est le costume. « Des choses qui sont si peu à la mode qu’elles deviennent à la mode ». Petit problème : des prix équivalents à une cabane au Cap Ferret pour ceux qui veulent aller à New York suivre LA tendance où sévissent THOM BROWNE, ADAM KIMMEL & CLOAK. A Paris, MICHAEL TAPIA décline à meilleur prix des vestes et manteaux pour tous ceux qui veulent revivre les sixties.

Voilà vous saurez tout maintenant sur la tendance.

Une Réponse to “> Ubersexuel, hétérock ou grizzlysexuel ?”

  1. Arnaud Says:

    Tout çà pour vendre et nous habiller. Alors contre-révolution : le sexuel, déparaillé de toutes sapes^

    J'aime


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