> Primero la verdad

4 juillet 2006

V

Hier, passant à côté de l’université de Salamanque, je voyais une inscription sur le mur : « al rector Unamuno, mi divisa es primero la verdad que la paz ». Apposé à côté de la citation, le signe victor emblématique des succès universitaires salmantins. Dans cette écriture qui parcourt la ville et qui mélange habilement le latin et castillan, je trouve une certaine majesté à l’histoire de nos anciennes universités dont Salamanque fait partie intégrante comme sa voisine portugaise de Coimbra. C’est sans doute dans cette liberté-là que s’est construite l’âme de notre Europe.

Ne pas rester en paix tant que la vérité n’est pas établie. Une devise qui me touche et me rappelle bien des choses. Elle me rappelle Miguel de Unamuno bien entendu. Celui qui préféra rompre avec l’ordre clérical et conservateur de la dictature du général Primo de Rivera lors du règne d’Alphonse XIII. Celui qui quitta son poste de recteur et continua à faire progresser une pensée libre à l’abri de la religiosité qui imposait une raideur furibonde dans cette Espagne monarchiste. Celui qui fut une des figures morales de la Seconde république naissante. Celui qui ne put assister impuissant à l’arrivée des troupes nationalistes et franquistes au sein de sa propre ville. Celui qui, basque, philosophe et républicain à la fois, du faire face à la soldatesque brutalité qui proclamait « viva la muerte » par la bouche d’un général sinistrement légendaire sous le nom de
Millan-Astray.

Évidemment, je pense à ces moments de l’histoire qu’il vécut avant de mourir en cette tragique année 1936 comme s’il ne pouvait assister au triomphe de la bêtise ordinaire.

Mais je pense également à l’expérience d’un temps où pour sacrifier à la valeur intrinsèque de la paix, les Nations unies n’hésitaient pas à faire peu de frais de la vérité. La paix n’est pas la concorde. Elle n’est pas davantage la justice préalable à toute réconciliation. Elle est tout simplement l’absence de combat. Un moment temporaire dont on ne sait s’il faut souhaiter la poursuite ou le dénouement plus complexe. On se bat rarement pour la paix. Personne n’est aller mourir pour Dantzig et je doute, j’ai longtemps hésité, que de nombreuses personnes se soient battues pour Sarajevo. Le mieux qu’on l’on ait trouvé est de s’interposer entre les belligérants.

Et l’Europe dans tout ça ? Pourquoi se satisfaire jusqu’à aujourd’hui de l’acquis de la paix ?

Je pense précisément que ce n’est pas de la paix seulement dont on parle mais de concorde entre les peuples et de nouvelles solidarités tissées au cours des années d’après-guerre. C’est justement ces coopérations récentes qui ont permis d’aller au-delà de la paix. La justice internationale doit arbitrer par rapport à des principes et trancher les conflits en fonction de ceux-ci. Plus que la paix, la justice et la vérité deviennent les buts à atteindre. Pour mémoire, l’Europe en paix ne l’était qu’à l’ombre du rideau de fer. Quand le nationalisme a délogé le communisme, le mensonge triomphait. Il a fallu alors se battre pour le respect des différences, la suprématie du principe démocratique et la fin de la réécriture des histoires nationales. La paix n’était pas l’objectif premier pour les citoyens engagés dans les collectifs pour la Croatie, la Bosnie ou la Kosovo. Ils demandaient le respect des minorités, la fin des massacres et la poursuite du vivre ensemble. A la place, les différentes institutions se sont battues pour de ridicules arrêts des combats hâtivement dénommés cessez-le-feu qui ne profitèrent qu’aux agresseurs et démentirent les annonces d’une paix à venir. Dans les Balkans, la paix fut l’œuvre d’une bataille militaire, politique et diplomatique qui s’est terminée par la destitution du principal assaillant.

C’est également ce qui distingue ceux qui souhaitent l’entente entre l’Israël et la Palestine. La seule ligne qui doit être privilégié demeure la compréhension entre les différents protagonistes par une vérité commune librement acceptée. Nous sommes loin du compte mais toute initiative de cet ordre doit être encouragée.

L’Europe puissance que j’appelle de mes vœux pourrait reprendre cette devise salmantine et tenir compte des leçons de l’histoire récente en interpellant les consciences de nous tous.

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