> Atterrissage

31 août 2006

Je savais que je ne connaîtrais pas la douceur des atterrissages heureux. Revenant de vacances, je devinais que m’attendaient un emploi inchangé, la nuit de l’hiver, le va-et-vient de l’actualité ou encore la terrible résignation du quotidien. Je le percevais d’autant mieux que le chemin du retour était le même que celui de l’aller, seul le sens en était inversé. Et en partant, je me rappelle cette insouciance qui m’avait rendu plus léger et plus libre. Je me trouvais alors dans un état d’esprit propice à l’inscription de nouvelles données dans mon logiciel personnel. Cela devient de plus en plus difficile depuis l’adolescence et est un fais très rare parmi mes compatriotes bretons pour qu’il me paraisse important de la souligner. En même temps, la très grande prédisposition dans laquelle j’étais avant les vacances ne s’étendait pas à tous les domaines. Par exemple, elle n’altérait bien évidemment pas mon total engagement auprès de mon présidentiable préféré. Mais ce sera l’objet d’un prochain post.

Cependant, au moment où je repassais par l’aéroport de JFK – New York, je savais que le décompte avait commencé. Le temps s’était assombri depuis San Francisco. Au Pacifique glacial, j’avais préféré les lacs de Séquoia ou Yosemite park. Et l’Atlantique que je traversais au retour me faisait l’effet d’une douche glacée. J’avais perdu mon sac qui contenait téléphone, appareil photo, ipod, carte grise et clés personnelles. Je n’allais pas être chez moi de sitôt. Cet océan qui sépare l’ancien et le nouveau monde a charrié tant de désespérances, de misères, de persécutions que je regrettais presque de faire le chemin de le mauvais sens. J’aime mon Atlantique que je côtoie si peu à Toulouse et comme tout le monde je la regarde de la terre en direction des Amériques. J’ai travaillé à Saint-Hilaire-de-Riez où part le câble sous-marin intercontinental et c’est vers le ponant que se tournait mon regard. Ce retour à la maison France m’était triste. Secrètement, j’aurais bien aimé rester là-bas.

L’accueil à Taverny me fut réconfortant mais à la consultation de mon compte postal, je vis qu’il ne me restait plus rien. Pas même de quoi acheter le billet retour qui croupissait également dans mon satané sac. Je continuais donc à m’endetter auprès de Bruno qui de bonne grâce pourvoyait à tous mes besoins.

A Paris, la grisaille qui d’habitude lui va si bien, me chagrinait. Dans le métro, je n’ai pu étouffer mes larmes. Confortablement assis dans le long train qui de la gare d’Austerlitz passe par Limoges, Brive-la-gaillarde, Souillac et Cahors et me ramène à Toulouse, je ne savais plus l’heure qu’il était. Sonné, je m’abandonnais au doux tangage du corail téoz.

Philippe ayant pu alerter Jean de mon retour je fus accueilli par ce dernier. Il fallut plusieurs bouteilles pour faire oublier mon cafard. Dans le canapé que je lui avais vendu à mon arrivée à Toulouse, mon appartement était trop petit pour que je le garde, je devais me faire à la banalité de la situation, j’étais coincé pour un bail dans la ville rose. Si adorable, cette préfecture me semblait tout d’un coup antédiluvienne. Il allait me falloir un peu de temps pour me remettre de mes émotions américaines.

Le lendemain, au travail, l’équipe avait complètement changé. Les salles étaient modifiées. J’avais un nouveau collègue en face de moi et pour autant je crois que je mis un certain temps avant de produire le moindre son. Je ne parle pas davantage de mon travail. Le soir, je dormais chez moi après les formalités du serrurier pour ouvrir ma porte. Il allait mettre un certain temps pour changer les serrures. Le temps pour que tombent les payes je crois. Dans mon lit, il fallait me rendre à cette terrible évidence qui m’avait déjà traversé l’esprit, j’étais à Toulouse pour longtemps. Et je ne l’avais pas vraiment anticipé.

Souvent, je suis stupide et arrive aisément à occulter la pire des évidences.

Il va falloir que je me soigne et que je prenne de solides doses si le soleil ne revient pas.

Une Réponse to “> Atterrissage”

  1. antoine Says:

    Hugues, tu es le bienvenu quand tu veux chez les Yankees. On sera toujours là pour te remonter le moral avec nos laveries tenues pas des chicanos. Bises. Toni.

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