> Dieu que la Corrèze est liquide…

15 novembre 2006

Le titre, je l’emprunte à Jean-Louis Murat pour un département qui va aussi bien à François Hollande qu’à sa compagne, à Jacques Chirac comme à tous ses caudataires.

Le reste de Libération et plus particulièrement d’André Grjebine, économiste.

Pas de projets développés et crédibles, des mesures disparates, des inspirations contradictoires… Cela ne vous rappelle rien ?

Ségolène Royal : un Chirac en jupon ?

La gauche française a rarement su proposer un programme cohérent de réformes parce que son premier objectif a généralement été moins de répondre aux problèmes concrets qui se posaient au pays, que de satisfaire aux exigences d’une langue de bois d’inspiration marxisante, sinon révolutionnaire, que lui imposait l’existence d’un parti communiste puissant. D’où son impréparation chronique les rares fois qu’elle a accédé au pouvoir.

Là se trouve sans doute la principale raison de notre faiblesse en matière de concertation sociale et nos difficultés d’adaptation. Pendant ce temps, les sociaux-démocrates allemands ou scandinaves, débarrassés depuis longtemps des postulats marxistes, maintenus dans le concret et aiguillonnés par des syndicats forts, sont parvenus à mener des politiques réformistes résolues. On aurait pu espérer que l’effondrement du Parti Communiste permette aux socialistes français de se mettre à leur diapason. Malheureusement, après des décennies d’accoutumance, la bien-pensance de gauche était suffisamment ancrée dans les esprits pour qu’il ne soit guère envisageable de s’en débarrasser du jour au lendemain.

Le relais du PC a été pris par des petits partis trotskistes et par les alter mondialistes, qui n’aspirent pas à gouverner, mais dont l’addition représente une masse critique suffisante pour interdire à un candidat socialiste de tourner le dos à leur discours manichéen.

Comment expliquer autrement que les socialistes aient pu ignorer de manière si ostentatoire et si durable le lancinant problème de l’insécurité ? Au fil du temps, le décalage entre les réformes nécessaires pour faire face aux problèmes réels et cette langue de bois a sans doute été perçu, même parmi de nombreux sympathisants et militants de gauche. Dominique Strauss-Kahn s’est présenté comme le candidat capable d’ancrer enfin la gauche dans la sociale-démocratie. Mais il a affiché son réformisme de manière en quelque sorte réformiste, c’est-à-dire en insistant sur son attachement au dialogue social, plutôt que par des déclarations tonitruantes.

C’est au contraire en multipliant les gestes de rupture, en se présentant comme la candidate qui s’oppose aux « pesanteurs », en affirmant qu’ « Il y a un côté insoumission chez mes partisans » (Le Journal du Dimanche, 11/11/2006) que Ségolène Royal a acquis l’audience qui est la sienne aujourd’hui. A la manière des opérations commando, Mme Royal lance des bombes, formule des propositions provocantes, avant de se retrancher rapidement derrière le projet socialiste, voire le «peuple français ». Ainsi, dans sa fameuse réponse quant à sa position sur l’adhésion de la Turquie.Dans cette stratégie, la question de l’applicabilité et de la cohérence des mesures proposées ne se pose pas. La plupart d’entre elles paraissent étonnamment peu élaborées et mal argumentées.

C’est que, pour Ségolène Royal, ces mesures n’ont pas de consistance en tant que telles. Elles visent à donner l’impression d’une offensive tous azimuts contre le politiquement correct, sans craindre d’aborder les thèmes qui fâchent, quitte parfois à mettre dans l’embarras ses propres conseillers. Ces coups occupent l’espace médiatique et lui permettent de marquer sa différence, sans qu’elle ait à se démarquer du projet socialiste, ce à quoi elle serait contrainte si ses micro-propositions s’articulaient dans une vision cohérente et globale. Mais surtout cette stratégie lui sert en quelque sorte de parapluie, masquant son absence de projet de société et la préservant des interrogations inopportunes sur la manière dont elle compte appliquer les grandes orientations économiques, sociales ou internationales du projet socialiste.

Ses admirations successives et contradictoires pour Tony Blair, José-Luis Zapatero, le modèle suèdois, sans parler de Michelle Bachelet au Chili participent de la même stratégie de fractionnement. C’est pourquoi elle paraît toujours considérer les questions que lui posent ceux qui voudraient en savoir davantage comme des attaques mesquines, sinon des coups bas dictés par la misogynie. D’où sa colère quand des journalistes américains, ignorant des règles du savoir-vivre qu’elle a établies, osent lui demander ce qu’elle aurait fait au Liban. Aux militants socialistes qui s’inquiètent de ce qu’elle fera une fois élue, ses représentants répondent incessamment que le seul problème est de battre M.Sarkozy érigé en épouvantail pour l’occasion.

En fait, ce n’est pas seulement le président de l’UMP qui attire les foudres de Mme Royal, mais toute la classe politique qui paraît avoir démérité à ses yeux. Elle reproche ainsi à ses concurrents d’ « avoir peur du peuple », propose de soumettre les élus à une « surveillance populaire » confiée à des « jurys de citoyens » tirés au sort, explique que « Les Français sont les meilleurs experts ».

Il est vrai que cette méfiance à l’égard de la classe politique s’inscrit dans une longue tradition française qui remonte à l’opposition du pays légal et du pays réel chère à Maurras. En la matière, elle ne craint pas la contradiction puisque tout en prônant la « démocratie participative », elle refuse de débattre avec les jeunes militants un jour, menace de boycotter les débats télévisés un autre jour, exige que ceux-ci soient rigoureusement corsetés et les questions connues d’avance, obtient le chronométrage non seulement des temps de parole de chaque candidat, mais même des temps d’applaudissements lors du dernier meeting de Toulouse, etc.

Supposons que Ségolène Royal parvienne à s’imposer comme la candidate du PS, puis à vaincre M.Sarkozy. Quand trouvera-t-elle le temps et les moyens de se transformer en un Chef d’Etat novateur ? Il est probable qu’après une campagne électorale privilégiant aussi exclusivement les coups médiatiques, les grenades vont être rangées au magasin des accessoires inutiles.

Faute de projets développés et crédibles, c’est le politiquement correct qui reviendra alors en force, à moins qu’elle ne se laisse ballotter au gré des modes politiques. Les mesures disparates qu’elle disperse au gré des réunions ne préparent-elles pas Mme Royal à devenir un nouveau Chirac, fût-ce avec une étiquette socialiste et une figure féminine ?

5 Réponses to “> Dieu que la Corrèze est liquide…”

  1. Julien Says:

    Salut Hugues,
    Pour te changer ces idées noires, jette un coup d’oeil au nouveau site du parti

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  2. Greg Says:

    Section de Geneve. 28 inscrits. 21 votants. 19 exprimes. 10 Royale, 8 DSK, 1 Fabius.

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  3. Bonjour, c’est le grand jour !
    mon blog perso et politique est désormais ouvert

    sur http://www.christophecavailles.net

    bien plus engagé que les précédents développements

    à ce soir ; )

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  4. BR de Kerzantrec Says:

    Bonjour !

    Comment s’appellait ce chroniqueur de Paris-Match (tiens, ça y est, Alain Genestar met explicitement Sarkozy en cause comme responsable de son licenciement…) qui, pendant la guerre d’Algérie, et pour plaider en faveur de la décolonisation, avait lancé le slogan : « la Corrèze plutôt que le Zambèze ! »

    Raymond Cartier… ou un nom comme ça ?!?

    La déclaration n’est pas idiote ! Surtout que la Corrèze est une vieille terre de gauche, aussi…
    François Hollande en est d’ailleurs l’élu, je te le rappelle ! Et l’évêque (catholique) est l’ancien vicaire général de Nantes, Mgr Charrier, nommé pour réparer la casse de l’autre fou de Le Gal (actuel évêque aux armées, pas le Gall de Toulouse…). Comme quoi, si cette terre est parfois maltraitée (encore que, Le Chi…, on finira par le regretter si c’est le Nain méchant qui lui succède, non ?), il suuffit de l’irriguer à nouveau de bonne influence !!!

    Vive la Corrèze libre ! Et les corréziennes (d’adoption aussi !).

    Nono, e-maileur déjanté et Ourson Libre (Nantais for ever…)

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  5. nucnuc Says:

    Du beau boulot Julien… as-tu le résultat de la section de New-York ? Je ne sais toujours pas pour qui a voté Antoine !

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