> One of the best

11 septembre 2008

« One of the best », c’est ainsi que Paddy Ashdown, leader des libéraux démocrates, qualifie Tony Blair. Hier, Arte, seule chaîne publique à véritablement tenir son rang, et ce sans le moindre apport publicitaire, consacrait sa soirée à la décade blairiste (mai 1997 – juin 2007).

Je me souviens de l’espoir suscité en 1997 quelque temps avant la victoire de la gauche plurielle en France. Mais avant ça, je me souviens surtout des amis gallois pour qui la défaite de 1992 avait un goût amer. Elle semblait marquer un échec définitif tant le parti travailliste avait tenté de se rénover. Neil Kinnock avait marginalisé la gauche traditionnelle à grand renfort d’exclusion et il semblait que le temps des travaillistes était arrivé.

Mais il fallut le courage des plus jeunes parlementaires, Gordon Brown et Tony Blair en tête, pour reprendre l’offensive. Car le chemin vers la victoire de 1997 n’était pas un long fleuve tranquille. John Smith reprit le travail entrepris par son prédécesseur. Et, à sa mort en 1994, c’est au tour de Tony Blair d’hériter de la direction du parti. Il est de ces gens qui sont résolus à ce que le parti ne perde plus sa crédibilité. En effet, les années 80 lui auront été fatales. Le parti travailliste avait l’image du parti de l’impôt lourd et de l’argent public gaspillé, d’un pantin aux mains des syndicats, d’une entité s’intéressant davantage aux minorités qu’aux gens ordinaires et un piètre défenseur du pays face à d’éventuels agresseurs. La figure invitée sur les plateaux télévision qui témoigne le mieux de cette époque est une militante de Liverpool, lesbienne et féministe, à jour de ses cotisations au parti travailliste.

Avec Tony Blair, c’est la perspective d’une politique économique et budgétaire plus rigoureuse qui s’ouvre. Le parti devient responsable, il se recentre et se tourne vers l’avenir et vers un électorat plus large. D’ailleurs, avec la vague des nouveaux parlementaires, c’est un vent de panique qui s’empare de la nouvelle équipe au pouvoir. Peter Mendelson est préposé à la découverte de ces élus de la dernière heure et dont on ne connaît rien. Car dans le système britannique, le Parlement est tout puissant et il faut éviter tout couac pour installer l’action des nouveaux travaillistes dans la durée. Ce sont les limites de la méthode Blair qui ne souffre aucune contestation.

Le premier discours de la reine témoigne de l’influence de Bill Clinton et des nouveaux démocrates. La première réforme consacre l’indépendance de la Banque d’Angleterre en matière de fixation des taux d’intérêt. Tony Blair impose un mode de gouvernement peu respectueux des règles administratives. Il consacre une centralisation du pouvoir initiée sous Margaret Thatcher. Mais l’économie britannique est épargnée par la récession, elle se caractérise par une croissance stable et un taux d’emploi élevé. Les services publics sont modernisés et l’aide sociale est restructurée. Les écoles et les hôpitaux sont plus performants. On vit mieux au Royaume-Uni. Durant son premier mandat, l’expression Cool Britannia s’impose. La ville de Londres, l’Écosse et le Pays de Galles connaissent une certaine autonomie avec la décentralisation.

Seul échec du Premier ministre, la politique européenne. Gordon Brown est le Ministre des finances le plus puissant de l’histoire du Royaume-Uni et il est le plus opposé à l’intégration monétaire. L’adhésion à la zone euro, qui a les faveurs de Tony, est la bête noire de Gordon Brown qui utilise son droit de veto. Tony Blair aurait été jusqu’à proposer sa place à son ministre des finances contre l’abandon de la livre. Sans succès.

La bonne entente entre Tony Blair et Bill Clinton se développe durant l’affaire Monica Lewinsky. En échange, Bill Clinton s’investira pleinement pour la résolution du conflit en Irlande du Nord. Ce qu’aucun président américain n’avait fat compte tenu de l’importance des 30 à 35 millions d’états-uniens originaires de là-bas, sera fait par le démocrate et aboutira aux accords du Vendredi Saint.

Mais Tony Blair s’investira plus précisément sur la scène internationale à l’occasion du Kosovo. Bill Clinton et Tony Blair seront intraitables avec Slobodan Milosevic. L’Otan ne plie pas malgré l’opposition américaine concernant la menace d’intervention terrestre britannique. Le Premier ministre dessine déjà les contours de ce qui deviendra la doctrine de l’interventionnisme humanitaire. Il agira en ce sens en Sierra Leone peu de temps après la défaite de Belgrade. Il tire les mêmes conclusions pour ce qui est l’Afrique et souhaite que la communauté internationale investisse massivement pour son développement.

Néanmoins, c’est la guerre en Irak qui marque la fin du mandat de Tony Blair. Georges Bush est élu. Tony Blair attendait la victoire de son ami Al Gore dont il partage quelques conseillers en commun. Dès l’élection du républicain, le seul objectif britannique est maintenir le lien atlantique. Avec les Bush, ce lien aura un supplément d’âme religieux. Il prendra une autre tournure après les attentats du 11 septembre. Tony Blair déploie son talent et se fait le représentant des Etats-Unis sur tous les théâtres internationaux. Il accepte les attaques sur l’Afghanistan, s’associe complètement à la diplomatie américaine et négocie l’invasion de l’Irak contre le règlement du conflit au Moyen-Orient. Il s’enferre dans le mensonge sur les armes de destruction massive, ne parvient pas à lever l’opposition de la France à la seconde résolution de l’Onu. Le déroulement de la guerre se fait en tête-à-tête avec l’administration Bush. Jusqu’à l’entêtement, il manifeste son total soutien, mais n’obtient aucun engagement en retour. Le rapport entre les deux puissances est disproportionné et Tony Blair ne manifeste plus aucune objection alors qu’après la première phase de guerre, le chaos irakien s’installe dans la durée.

Tony Blair reconnaît 15 mois après le début de la guerre qu’il n’y avait pas d’armes de destruction massive à Bagdad. C’est un tournant qui acte une lourde perte de confiance et une tragédie personnelle qui fait poindre la démission. Tony Blair l’annonce à l’avance en se présentant pour un troisième mandat et en décrochant une troisième victoire historique en 2005. Il couronne le tout par la consécration de la candidature de Londres pour l’organisation des Jeux olympiques en 2012. Mais en plein G8 sur l’Afrique, les attaques terroristes plongent Londres dans la paralysie. Les auteurs sont des kamikazes élevés en Angleterre. En juin 2007, plus de 10 ans après sa première élection, il passe la main à Gordon Brown.

Évidemment, être fidèle laudateur de la décennie Blair, coutumier et récidiviste qui plus est, fait de moi un fidèle droitier dans mon parti. Et pourtant, je suis prêt aujourd’hui à faire alliance avec le grand méchant loup en la personne de Laurent Fabius. Il n’a pas été question de John Prescott dans le reportage. Il était le représentant de l’aile gauche qui a permis à Tony Blair d’emmener l’ensemble du parti vers la modernisation. Il a été son bras droit et comme depuis le retrait du tandem Prescott-Blair, le parti est replongé dans la discorde, je me dis que sur le plan tactique tout autant que sur le pan des idées qui réussissent, il fait bon chercher de l’inspiration du côté de cette décennie.

3 Réponses to “> One of the best”


  1. Je constate avec bonheur que, peut-être, mes analyses ont pu quelque peu inspirer les tiennent et l’approche de notre congrès !

    Cependant, je pense que si Martine n’arrive pas à équilibrer sa motion avec une part significative de la ligne Besoin de Gauche, à côté de son utile travail avec la contribution Reconstruire à gauche, elle ne prendra pas le risque d’une démarche par trop déséquilibrée et qui pourrait, dans la durée, l’éloigner de sa ligne propre qui doit, selon moi, être le point d’accord et d’équilibre de cette large motion.

    Je compte donc sur toi pour plaider au sein de ton courant de ces dernières années.

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  2. chouka Says:

    Tu passes à la république des blogs demain soir ?
    J’y serai

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  3. Hugues Says:

    Pour savoir ce qu’il en est de mon courant départemental :
    http://sd31.wordpress.com/2008/09/11/compte-rendu-de-la-reunion-sd31/

    Demain soir, je suis dans le Var où il fait encore beau pour profiter du soleil.

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