> Sénatoriales : droit de suite

29 septembre 2008

Comme il ne me fut pas permis de m’exprimer lors du dernier Conseil fédéral, je me permets de livrer mon sentiment sur ce qui s’y est dit. Il n’y a pas été question d’interdiction de prise de parole mais je me suis auto-censuré étant donné le niveau d’exaltation de la tribune. Le climat n’était pas serein et j’ai abdiqué.

1. Ce qui s’est passé dans le collège des grands électeurs est inacceptable. Rien n’a justifié, rien ne justifie et rien ne justifiera les votes déloyaux du dimanche 21 septembre dernier.

2. La fédération a pleinement joué son rôle en proposant une liste départementale. C’est à la démission de toute responsabilité que l’on aurait assisté si nous avions eu la liberté de sélectionner les candidats individuellement.

3. La liste départementale a obtenu une majorité relative au Conseil fédéral et une majorité absolue au sein des sections. Il n’est point question de remettre en cause sa légitimité. Celle-ci était pleinement établie dans le plein respect des statuts.

4. Le résultat m’attriste. Nous avons divisé le nombre de sénateurs socialistes par deux dans un département qui a enregistré les plus belles victoires de la gauche et des socialistes aux dernières cantonales, régionales et surtout municipales. La non-élection de Sabine Geil-Gomez et de Gilbert Hébard est un échec. Je suis déçu pour eux. Je suis déçu pour le groupe socialiste au Sénat. Je suis surtout déçu pour nous. Deux figures remarquables sont apparues. Elles ont marqué cette campagne et continueront à nous impressionner.

5. Notre échec doit nous servir de leçon. J’en vois deux. La première est de donner autant d’importance à la définition du projet politique qu’à la sélection des candidats. Nous avons une fâcheuse tendance à nous focaliser principalement sur cette seconde préoccupation. Pourtant, c’est le projet politique que nous devons tous servir. La deuxième leçon concerne notre attitude. Depuis que le Parti socialiste est hégémonique en Haute-Garonne, il y a une obligation supplémentaire à respecter les ambitions et la diversité des sympathisants, des militants et des élus socialistes.

Je crois que ces cinq premiers points m’auraient pris cinq petites minutes mais concernant le 5e point, j’aurais déclenché des foudres qu’il était inutile de déclencher.

6. Le Conseil fédéral est le lieu du débat départemental. Il ne peut être celui des anathèmes. Des rôles différents doivent être attribués à des personnes différentes. Pour l’instant, Kader Arif cumule tous les postes. Il est président de séance, principal orateur, principal contradicteur et rapporteur. Ce monopole du microphone ne peut favoriser l’émergence d’un climat de sérénité propice au dialogue. Il crée de l’animosité et attise l’invective. C’est pour cette raison qu’il est extrêmement délicat d’y avoir une prestation de qualité ou une production constructive. Nous devons commencer par offrir une tribune pluraliste. Pour cela, nous devons favoriser une présidence de séance attribuée à une personnalité unanimement reconnue pour sa sagesse, une place limitée à une présentation introductive pour le premier fédéral, un compte-rendu et une conclusion laissés aux bons soins d’un membre du bureau fédéral différent pour chaque séance, une limitation des interventions à 5 minutes. Enfin, la constitution d’un ordre du jour doit être l’objet d’un consensus et d’une communication préalable.

7. Notre réunion du 25 septembre est un point d’orgue qu’il faut oublier au plus vite. Il n’est pas vrai que les militants aspirent tous à se faire désigner pour des scrutins de liste. La vision que notre premier fédéral développe concernant les adhérents est cynique. C’est évidemment l’expérience d’un responsable qui a joué des ambitions des uns contre celles des autres. Mais au-delà des murs de la fédération, de nombreux militants sont pleinement investis dans leur vie professionnelle, leur vie de quartier, leur vie syndicale, leur vie associative… et c’est aussi cela la vie politique. Sans cela, il n’y aurait même pas de vie politique. Sans revenir aux leçons que j’évoque dans le point 5, il nous franchir une nouvelle étape. Ne pas opposer élus et militants, responsables et adhérents, experts et témoins, gouvernement et gouvernés, partisans et citoyens. Pour construire une nouvelle synthèse socialiste nous devons bâtir une exemplarité démocratique, partager nos responsabilités, délibérer collectivement sur nos orientations, valoriser le travail militant, tisser des liens de coopération avec la société civile et associer le plus grand nombre à notre fonctionnement. En disant cela, je suis pleinement fidèle aux valeurs des camarades qui m’ont précédé et qui défendaient le rêve autogestionnaire. Donner à la société des structures qui lui permettent de se réguler par elle-même sur le principe démocratique. Il n’y aurait pas plus belle victoire politique que de faire de son propre parti un moyen d’atteindre cet objectif.

3 Réponses to “> Sénatoriales : droit de suite”

  1. kerzantrec Says:

    Tu as tout à fait raisson, camarade !!!

    Sur le principe de la liberté de discussion, en tout cas… Je ne connais pas spécifiquement la situation en Haute Garonne, mais j’ai quelques souvenirs de 10 ans de MJS – PS…

    Et vu de l’extérieur, en sympathisant -et électeur !-, l’aspect tactique, factice, « verrouillé » du débat au PS (mais y a t’ il encore débat… ou affrontements stéréotypés et codés entre « personnalités » ?) est assez effrayant…

    De même que le manque de renouvellement des candidats dans certains départements de « vieille » implantation : attention à l’usure… quand ce n’est pas fait « spontanément », l’électorat se charge souvent d’y remédier…

    Besancenot et Bayrou sont en enbuscade… Et la droite a prouvé qu’elle pouvait récupérer des fiefs -communistes notamment- en bout de course (cf JC Lagarde à Drancy, pour ne prendre que cet exemple… ou le gain de deux sièges de sénateurs dans l’Hérault : merci les combats fratricides locaux du PS !)

    Vu de Sirius (!), en tout cas, le PS de Haute Garonnne ne donne pas l’impression d’être très ouvert et respectueux de ses alliés : si on ajoute les listes PCF – Verts- MRC, on obtient plus de 12 % de voix « perdues » dans la nature -cf mon premier commentaire sur l’exemple contraire… des Bouches du Rhône !!!-… et ça rappelle, sauf -improbable- erreur de ma part l’éviction des Verts aux dernières Régionales… Ce genre d’attitude d’apparatchiks installés se décline en général aussi en interne… Attention à la scérose !!!

    Je te (vous !) renvoie au dossier -et à la couverture !- du Nouvel Obs de la semaine dernière : le PS est-il nul ???

    Poser la question, c’est y répondre…

    BR de Kerzantrec, ex-PS

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  2. kerzantrec Says:

    PS, si j’ose dire !

    Après Le Nouvel Obs, « Le PS est-il nul ? » la semaine dernière, c’est au tour de Marianne cette semaine : « pourquoi il faut dissoudre le PS »…

    Bon d’accord, c’est le bouquin de Jean-François Kahn, qui sera candidat du MoDem aux Européennes… mais quand même !

    Et le seul journaliste qui ait accepté « de se commettre » à défendre le PS est Joseph Macé-Scaron -« Contre le lynchage » (p 31).

    Macé-Scaron, ex-directeur de la rédaction du Figaro Magazine et responsable des pages Débats du Figaro quotidien… Si on en est là… C’est grave, docteur !!!

    Limite « ça sent le sapin », même… Encore un effort, camarades : soit vous plongez complètement et on refonde autre chose, soit vous imposez une vraie rénovation à Reims !

    Bon courage… et merci !

    BR de Kerzantrec (et ses mauvaises lectures !)

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  3. chouka Says:

    Mouai

    En même temps, tu le vois de bien loin, et actuellement le reflet extérieur est pire que la réalité interne je pense.

    Oui il y a de vrais débats, des militants sincères et dévoués.

    Le PS est-il nul ? Poser la question c’est justement pouvoir répondre non contre la doxa facile : non, il n’est pas nul, il a beaucoup de ressources actuellemet gachées.

    Il n’est pas nul, il est en situation de nullité, je dirai. :-)

    Quant à Marianne, c’est un parti pris ancien.
    Après faut voir leurs arguments, mais je pense que ce sont toujours les mêmes, et qu’ils ne visent qu’à permettre une émergence fugace du modem.

    En tout cas bravo pour ce texte, qui n’est pas nul. Bien amené, intéressant dans les propositions.

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