> Sénat : la niche dorée

9 octobre 2008

Gérard Larcher, le nouveau président du Sénat, est un homme remarquable. Une besogne de titan l’attend : réussir à nous convaincre que le Sénat sert à quelque chose. Je veux dire quelque chose pour nous. Car, pour l’instant, on sait que le Sénat est surtout utile aux sénateurs. Très utile, par exemple, à M. Poncelet qui s’est distingué par sa fringale immobilière en interprétant à sa manière la fameuse injonction de Sarkozy : travailler moins pour gagner plus. Comme on comprend M. Poncelet ! Cela n’a rien de folichon, à l’approche du quatrième âge, de finir assis dans un fauteuil devant son poste de télévision avec une couverture écossaise sur les genoux.

Comment ne pas profiter à fond la caisse de la plus douillette des retraites que la République ménage, par la magie du Sénat, à tous les sinistrés du suffrage universel et aux valeureux combattants des intrigues départementales ?

Fastueuse énigme de la comptabilité républicaine, le Sénat coûte très cher et ne correspond plus à rien. Comme le département. Il est rural, vicinal, cantonal, et représente un monde qui n’existe plus. Il est composé de 50 hommes de grand talent et de 293 autres qui jouent les utilités. De Gaulle considérait qu’il fallait opérer d’urgence cet appendice inutile afin d’introduire quelques forces vives dans le théâtre des âmes mortes. Sarkozy n’a pas osé y toucher ; pourtant, ça le démange. Comment supprimer les niches fiscales si on ne réforme pas drastiquement cette grosse niche dorée ? Y aurait-il un seul inconvénient à le supprimer en ne conservant que la fine fleur de ses membres dans un super Conseil de la République ? On s’apercevrait alors avec surprise que, selon la fameuse formule, il a occupé plus de place qu’il ne laissera de vide.

Un ancêtre de M. Poncelet, l’abbé Sieyès, avait proposé à Bonaparte un projet de Constitution dans lequel celui-ci aurait été logé à Versailles avec le titre ronflant de grand électeur et des fonctions platoniques. Bonaparte rua dans les brancards : « Comment avez-vous imaginé, monsieur Sieyès, qu’un homme de quelque talent et d’un peu d’honneur voulût se résigner au rôle d’un cochon à l’engrais de quelques millions ? » Cela ne convenait évidemment pas à Bonaparte. Mais c’était un rêve de sénateur.

Jean-Marie Rouart
Paris-Match.

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