> Nouveau discours pour temps de crise

2 janvier 2009

Editorial de l’édition d’Ouest-France du 02/01/09 par Michel Urvoy, éditorialiste politique d’Ouest-France.

Quel contraste ! Il y a un an, le Président nous disait que les caisses étaient vides ; aujourd’hui, il nous garantit un État protecteur au service des plus démunis. Il nous promettait du pouvoir d’achat ; il fait de la solidarité la condition pour traverser la crise. Il cédait au plaisir de nous confier son bonheur avec Carla ; il nous annonce des temps douloureux et, si nécessaire, un second plan de relance.

Souvenez-vous : il y a un an, il dissertait, au cours d’une longue conférence de presse, sur la « politique de civilisation » ; le voici qui nous assure que c’est de la crise que va naître un monde nouveau. Il nous présentait la religion comme un fondement de la société ; aujourd’hui, il met la laïcité en avant. Il nous promettait un retour à l’équilibre des finances publiques ; le voici qui ne compte plus les milliards du déficit. Il y a seulement un an.

Le nouveau Sarkozy aura-t-il rassuré les Français ? Pas si sûr. D’abord, les mérites bien réels qu’il s’octroie pour le cas où d’autres ne les souligneraient pas assez pour sa présidence européenne, le gel des hostilités en Géorgie ou sa précieuse réactivité face à la crise, n’aideront pas à boucler les fins de mois.

Son insistance à parler travail, effort et mérite à des Français au chômage, ou tétanisés par la peur de l’être, pourrait même devenir contre-productive. Le choc des messages, entre un État transformé en assureur social et des réformes qui réduisent les effectifs et désertifient les territoires, brouille sa politique.

Ensuite, le registre inhabituel de l’intervention présidentielle, solennelle et préenregistrée, sur fond austère de vieux ouvrages, rend son message moins fort que la rugueuse pédagogie qu’il aime déployer devant des Français à convaincre.

Enfin et surtout, on sent poindre, chez le Président, la crainte que la partie n’est pas gagnée. Par exemple, quand il rappelle, de manière inhabituelle, en pensant bien sûr aux syndicats et aux indisciplinés de sa propre majorité, l’idée si évidente que la concertation n’est jamais du temps perdu.

Les parlementaires qui renâclent devant une réforme de l’audiovisuel, appliquée (lundi) avant d’être votée, seront ravis de l’apprendre. Les élus départementaux et régionaux, que la refonte des collectivités inquiète, en tireront argument. Les lycéens, qui espéraient un enterrement du projet Darcos, vont prendre le Président au mot. Ainsi de suite pour tous les projets.

À défaut de pouvoir dire si 2009 sera une année de réchauffement du climat social, on peut être assuré d’une météo politique tourmentée. Car la principale information des voeux présidentiels, outre le fait que Nicolas Sarkozy, du Proche-Orient à l’euro, va faire comme s’il était toujours président de l’Union européenne, réside dans la confirmation que les réformes vont se poursuivre. Et qu’il conserve François Fillon comme alchimiste en chef pour transformer lourde charge une année de plomb en opportunité en or.

Car le pari de Nicolas Sarkozy demeure le même : bénéficier, juste avant de tenter un possible second mandat, d’une conjonction vertueuse entre une croissance retrouvée et les bénéfices d’un quinquennat de réformes.

Vœux de Nicolas Sarkozy – 2009.

Vœux de Nicolas Sarkozy – 2008.

Une Réponse to “> Nouveau discours pour temps de crise”

  1. Urvoy Says:

    Monsieur,
    merci de noter que je ne suis plus responsable du secteur économique et social mais éditorialiste politique à Ouest-France Paris.
    Confraternellement. Michel URVOY.

    J'aime


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