> Le besoin le plus important de l’âme humaine

22 avril 2009

Breiz Atao

Je viens de terminer la lecture du livre de Mona Ozouf et je suis bien aise de trouver des échos à nombre de mes préoccupations personnelles. Comme Mona, je me suis posé des questions auxquelles il n’a pas toujours été facile de répondre. Sur la parité, sur le port du voile, sur les langues qui ont préexisté au français… sur toutes ces questions, le bréviaire républicain ne m’a jamais complètement satisfait. J’ai même souvent pensé que la République pouvait s’accommoder des différences plus qu’elle ne le tolérait. J’ai même rêvé qu’il en fût autrement. Et Mona, en historienne zélée de la Révolution française, me rappelle qu’une autre République était possible en 1791 avec Sieyès puis en 1865 avec Ferry. En revisitant les pères fondateurs de notre République, les jugements n’étaient pas aussi systématiques qu’ils ne le sont devenus aujourd’hui. Philippe Martel me l’avait déjà signalé. D’ailleurs, quand aujourd’hui Régis Debray (1) nous affirme que la République est toute histoire alors que la démocratie, qui honore toutes les communautés, est amnésique, on peut se poser quelques questions. En 1789, le projet républicain est révolutionnaire. Il veut s’affranchir de toute histoire. Aujourd’hui, le bicentenaire passé, certains républicains soutiennent que la République est toute l’histoire de France.

Bref, « Composition française » est un livre qui éclaire terriblement sur le trouble qui touche tous ceux qui ne veulent tomber ni dans le piège universaliste ni dans son pendant communautariste. Mona Ozouf reconnaît, à la manière de Simone Weil, que « l’enracinement est peut-être le besoin le plus important et le plus méconnu de l’âme humaine » et dit en même temps que c’est par ce que nous avons de particulier que nous accédons à l’universel. Elle montre combien son identité s’est construite sur les enseignements de l’école, de la maison et plus accessoirement pour elle, de l’église. Fille de Jean Sohier, fondateur de la revue Ar Falz et du mouvement progressiste, laïque et breton du même nom, notre historienne raconte comment sa vie est faite de multiples appartenances mais ne s’y résume pas. Ce qui demeurera encore longtemps incompréhensible pour les Jacobins mais une réalité vécue par de nombreux Français.

Je n’ai aperçu qu’une seule erreur de la part de Mona Ozouf. Elle date de 1958 l’entreprise d’écrire en plein coeur de la constitution, en son article 2, « la langue de la République est le français ». Elle s’étonne que la mention « langue officielle » n’existe pas et elle souligne à juste titre qu’il s’agit d’une volonté politique. La vérité est que cet ajout ne date que de 1992 et n’a été réalisé qu’à la faveur de la loi constitutionnelle et au forcing exercé par Philippe Séguin. La constitutionnalisation de la langue n’allait pas d’elle-même. La France s’en est d’ailleurs passé pendant plus de deux siècles. Mona Ozouf pêche sans doute par timidité car elle rappelle de façon exhaustive toute l’histoire déclenchée par le projet d’installer dans l’article premier une mention sur les langues régionales et l’aventure d’une France qui signe la charte des langues régionales sans jamais pouvoir la ratifier.

(1) Régis Debray, « Êtes-vous démocrate ou républicain ? », Le Nouvel Observateur, 30 novembre 1989.

Presse :
Le Monde,
Ouest-France,
Télérama,
Le Nouvel Obs.

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