> SNCF : 3 heures de retard sans excuse

5 mai 2009

Coffret-repas SNCF

Lundi dernier, j’étais un des nombreux passagers qui, pour se déplacer de Marseille à Toulouse, ont du patienter aux nombreux arrêts que les lignes du Corail Téoz empruntent. C’est un peu comme si j’avais profité du petit train Nescafé qui se bringuebalait au son fabuleux de la Colegiala, le paysage en moins évidemment. Car cette ligne, comme toutes celles qui souffrent de l’affligeante présence du label Téoz, ne sont pas prioritaires pour la SNCF. Pour la compagnie ferroviaire, seules comptent les lignes TGV. En dehors de ce réseau béni, point de salut. Rétrospectivement, je me dis que c’est dans un grand moment de faiblesse coupable que j’ai cédé aux avances commerciales et pris la carte Escapades. Je suis habitué de la routine avec laquelle notre société nationale traite ses clients-usagers. Certes, cette carte de fidélité me donne des prix au rabais, mais elle explose les délais mentionnés sur le ticket et censés être respectés par les cheminots.

Le rythme d’un Corail Téoz est assez poussif. Bien souvent, il s’arrête en plein voie sans qu’aucun message ne signale la raison, le temps d’immobilisation ou l’horaire probable du retard. Les habitués ont souvent peur lorsque la vitesse descend en-dessous des 5 km/h. Ce n’est pas qu’il existe un risque pour que le train cale. Non, c’est que le conducteur se prépare en douceur à stopper les wagons en pleine voie. Quelquefois, les contrôleurs nous expliquent que notre arrêt est effectué « en raison de priorité de trafic », « en raison d’un acte de malveillance » ou « en raison de difficultés de gestion » mais le plus souvent « en raison d’un problème technique indépendant de notre volonté. » On ne peut être pleinement satisfait des explications qui demeurent on ne peut plus improbables. Lundi dernier, sur les coups d’une heure de l’après-midi, c’est un suicide sur la voie ferrée qui nous a stoppé dans la gare de Lézignan-Corbières. Au bout d’une heure d’arrêt sans explication, nous avions dévalisé les réserves du groupe Servair-Wagons-Lits. Il ne restait plus à l’employé de cette mémorable entreprise que du Coca-cola et des tablettes Toblerone. Les passagers tournaient en rond mais pour une fois, nous avions le droit de descendre sur le ballast. Pour les wagons les plus proches de la gare, il était possible d’atteindre les quais. Une heure et demi plus tard, les deux contrôleurs nous avertissaient de la raison de notre arrêt prolongé, nous prévenaient que « ça allait durer plus que ça » et que la SNCF, dans sa grande générosité, nous distribuait des plateaux repas dans la gare. Une longue file d’attente se formait. Seuls quelques gamins et les nombreux cheveux blancs -une couleur qui va du bleu pétrole à la violine électrique en réalité- doublaient sans vergogne la masse des résignés. C’est là que je me suis posé la question de savoir si notre société n’offrait pas trop de privilège au troisième âge. Je me suis demandé ce qui aurait eu lieu si nous avions été véritablement affamés -ce qui était loin d’être notre sort. Drôle d’expérience humaine que de faire partie d’une foule victime qui marronne mais s’exécute. Le comble pour la SNCF était qu’il n’y avait pas assez de coffret-repas. Ils étaient les seuls à posséder avec exactitude le nombre que nous étions mais voilà, les tricheurs avaient gagné et ceux qui avaient l’information les premiers… Difficile de manger avec goût le taboulé, la salade de lentilles, le pâté de volaille et la compote. J’ai partagé avec ceux qui n’avaient rien. Notamment l’eau qui nous était maigrement distribué via le coffret SNCF. J’avais encore le goût du Coca-cola acheté à la société Servair-Wagons-Lits.

Arrêtés deux heures et demi en gare de Lézignan-Corbières, nous avons du patienter un peu plus d’une demi-heure avant la gare de Carcassonne pour des raisons qui demeurent inconnues des usagers. Cette deuxième fois, le message ne nous autorisait plus à sortir des wagons pour nous dégourdir les jambes. Le message courant était de rigueur : « Notre train est arrêté en pleine voie, pour votre sécurité, veuillez ne pas essayer d’ouvrir les portes. » Avec le Corail Téoz, la SNCF ose tout. C’est même à cela que l’on reconnaît une ligne Corail Téoz. Mettre Marseille à plus de 6 heures et demi de Toulouse, avec la SNCF, c’est possible !

Ce n’est que vers 16h35, pour nous annoncer notre approche de la gare de Toulouse-Matabiau et au détour d’une phrase trop longue, qu’une voix anonyme nous présenta les excuses de la compagnie pour un retard qu’elle s’interdit de préciser. Au même moment, cela faisait 3 heures que nous aurions dû arriver. 15 minutes plus tard je débarquais dans ma ville qui est celle d’où les trains partent le moins vite de France. Sur place, pas un agent pour nous transmettre la petite enveloppe avec laquelle, via une file d’attente au guichet, on nous offre un avoir correspondant à un pourcentage du montant du billet que nous avons acquitté. Il faut dire qu’il y avait du travail pour expliquer l’ensemble des correspondances qui avaient volé en mille éclats et affolaient les passagers qui n’avaient pas terminé leur trajet. Je me demande parfois si nous ne devrions pas faire comme pour le taxi, c’est-à-dire payer à l’arrivée.

Post-scriptum : je serais malhonnête de ne pas préciser qu’à l’aller, j’ai cru être en avance. Non pas que la locomotive inscrivait un record de vitesse. Non, j’étais à l’heure. C’était suffisamment exceptionnel pour que je m’en étonne. C’est la première fois que la ligne Corail Téoz m’assurait un direct entre métropoles régionales : Toulouse-Montpellier-Marseille. Voilà, c’est la seule fois où je n’ai pas entendu : « Le train Corail Téoz numéro tant à destination de Marseille-Saint-Charles, départ telle heure est annoncé voie tant. Ce train dessert Castelnaudary, Carcassonne, Narbonne, Béziers, Sète, Montpellier-Saint-Roch, Nîmes, Arles et Marseille-Saint-Charles. Prenez garde à la fermeture automatique des portes, attention au départ ! »

4 Réponses to “> SNCF : 3 heures de retard sans excuse”

  1. vekalolo Says:

    j’ai fait un trajet sam 30 mai montpellier bordeaux avec un suicide à l’entrée de lézignan : 2h30 avant de repartir sur la gare de lézignan à nouveau attente de 2h30 , le conducteur avait été emmené au commissariant pour l’enquête et nous avons attendu tout ce temps qu’un nouveau conducteur arrive. 5h de retard à l’arrivée à bordeaux plus de trains en correspondance pour ma ville, conclusion retard, abandon à bordeaux, je paye plein tarif. Ca fait 4 ans que je n’avais pas pris le train , en communiquant avec d’autres passagers il semblerait qu’il y ai une épidémie de suicides sur les lignes sncf, la mise en route des secours et de la remise en circulation des trains en cause ne semble pas etre le point fort de cette entreprise.Les deux toilettes de notre wagon étaient condamnés depuis le départ de montpellier, j’ai vu le chef des controleurs se battrent avec un client qui voulaient 6 b bouteilles d’eau, ce pauvre controleur venait de voir une scène dhorreur sur la voie, un voyage cauchemardesque…

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  2. Hugues Says:

    Et pour les suicides… pas de remboursement ! Même si en fait de remboursement, il s’agit toujours pour le Sncf d’un avoir sur un prochain billet.

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  3. combes Says:

    Les retards sur la ligne marseille-toulouse sont quotidiens et jamais justifiés ;il y a donc tant de suicides sur cette voie ? ou est-ce un dysfonctionnement chronique difficilement avouable pour la SNCF.Question:quelle prime touche un conducteur ou un controleur quand un train a plus d’une demi_heurs de retard?

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  4. hugues Says:

    Je ne le sais pas moi-même !

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