> Notre Terreur

23 octobre 2010

Photo : Léo-Antonin Lutinier (Carnot) et Vladislav Galard (Saint-Just).

Notre Terreur, création collective de la compagnie D’ores et déjà, dresse le portrait des derniers jours du Grand Comité de l’an II qui s’étire entre la décapitation de Danton (avril 1794) et la chute de Robespierre (juillet 1794). Cette œuvre est jouée à Toulouse au Théâtre Garonne jusqu’au 23 octobre.

Pour moi, nostalgique des premiers républicains, girondins et brissotins, que le conflit entre Dantonistes et robespierristes a balayé de l’histoire, j’étais sur mes gardes. Néanmoins, la liberté d’interprétation l’emporte sur toutes les prévenances. A ce titre, cette pièce est un produit qui se situe après la chute du communisme. Notre période admet mal la glorification ou la destruction d’un camp ou d’une vision historique. La question est de comprendre pourquoi des révolutionnaires en viennent à engendrer une Terreur -Notre Terreur- dont les résonances n’ont pas fini de hanter l’univers du pouvoir. Les onze membres du Comité de Salut Public vivent avec angoisse et hésitation l’histoire en marche. Fidèles aux figures historiques qu’ils incarnent, les comédiens avancent à tâtons dans une période où l’échec politique menait à la guillotine. La violence est l’aboutissement de leur cheminement collectif et personnel. Pour la compagnie qui, du fait de sa jeunesse, n’a pas connu l’indigestion de la période du Bicentenaire, il n’y a pas d’a priori sur les personnages. Au contraire, on ressent en tant que spectateur, le plaisir d’une mise en scène qui prend une certaine liberté à reconsidérer une période historique lourde qui a marqué à jamais notre pays.

Cette pièce de théâtre est aussi une illustration de l’amour de la discussion politique et de la controverse. Prouesse pour le jeu d’acteurs, c’est un moment exaltant pour l’imagination, l’éloquence et le débat contradictoire. Dans l’émission d’Emmanuel Laurentin, La Fabrique de l’Histoire, un des comédiens donne le témoignage d’un spectateur qui lui a affirmé avoir retrouvé les conditions d’une réunion de section politique. Ce militant socialiste n’avait sans doute pas tout à fait tort. J’ai moi-même retrouvé les étonnants personnages qui peuplent parfois mes rendez-vous politiques. C’est à la fois très drôle et très vrai. Une raison de plus pour prendre la chose politique au sérieux sans se prendre soi-même trop au sérieux.

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