> Contre la dictature de l’orthographe

2 janvier 2011

Propos de Daniel Luzzati recueilli par Laurence Picolo pour Ouest-france.

Comment expliquez-vous l’effondrement du niveau orthographique des élèves français ?

Depuis 1990, c’est catastrophique. Il y a plusieurs raisons à cela. La principale : le français est la plus difficile de toutes les langues européennes. Dans les autres, ce qui se dit s’écrit et ce qui s’écrit s’entend. Quand vous pensez qu’en français il y a sept façons d’écrire le son « ni » : ni, nid, nids, n’y, nie, nies, nient. Ce n’est la faute de personne. La langue est bourrée d’incohérences. Apprendre l’orthographe réclame un investissement considérable, en partie en pure perte. Ainsi, combien de dizaines d’heures dans une scolarité sur l’accord du participe passé ? Pour quel résultat ?

D’autres raisons ?

L’abandon du latin. Dans les années 1950, 75 % des élèves apprenaient le latin. Dans les années 1970, ils n’étaient que 35 %. Et seulement 4 % aujourd’hui. Le latin avait une vertu : il faisait apprendre la grammaire.

C’est si grave ?

Il faut prendre conscience de la dimension culturelle surchargée qu’on accorde à l’orthographe. Le vrai problème de l’orthographe, c’est l’importance qu’on y attache. On l’a sacralisée. La dysorthographie est extrêmement pénalisante. Gênante sur le plan pratique et moral. Combien de parents n’osent pas écrire sur le carnet de correspondance de leur enfant pour un simple mal de ventre ? La peur d’être jugés ! Chez nous, la maîtrise de l’orthographe est encore synonyme de pouvoir. C’est un outil de ségrégation sociale.

Cette attention portée à l’orthographe est-elle typiquement française ?

Nous sommes les champions de la dictée. Pourtant, ce n’est pas un exercice d’apprentissage, mais d’évaluation, qui a surtout pour effet d’encenser les bons et d’enfoncer les faibles. On est aussi le pays où se vendent le plus de dictionnaires, de produits anti-fautes aussi inefficaces que les pilules anti-obésité ou les crèmes anti-rides.

Alors que faire ? Simplifier ?

Simplifier oui, de façon raisonnable. Les outils modernes, comme l’informatique, peuvent nous y aider. Il faudrait qu’une communauté s’accorde sur des principes. Par exemple, est-ce que « orthographe » avec deux « h » s’impose ? Comment justifier « haïr » et « trahir » ? Il s’agirait de simplifier pour se consacrer au sens, fondamental, lui.

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