> Le pays tout entier sombrait

4 janvier 2011

On a rejoint la ville en coupant par les champs, les routes étaient minuscules et trouées, un vrai labyrinthe on aurait pu s’y perdre, parfois, ça débouchait sur une ferme et il fallait faire demi-tour, les chiens nous suivaient en gueulant. Pour ce que je pouvais en juger, Bréhel ne s’en sortait pas si mal. On avait laissé tomber cette histoire d’examen blanc et il avait retrouvé son naturel loquace et absorbé. On sombrait, le pays tout entier sombrait, c’est ce qu’il lui semblait et je n’étais pas loin d’être d’accord, quelque chose de moisi avait contaminé l’air, de vieux relents de travail famille patrie, assortis d’une impunité vulgaire, on triait les étrangers comme du bétail, on se gargarisait de quand on veut on peut et d’on que ce qu’on mérite, on agitait son pognon sous le nez des pauvres, s’ils en voulaient plus ils n’avaient qu’à travailler plus, tout le monde voyait ça comme le nez au milieu de la figure, il y en avait plein les journaux du monde entier mais rien n’y faisait, le peuple hypnotisé s’est laissé engourdir c’était trop tard, Il finirait bouffé le sourire aux lèvres, Et vous verrez qu’il en redemandera. Je l’ai laissé sur la place, il avait trois courses à faire et avait besoin de marcher. Du ciel de zinc pleuvaient des cordes. Sans parapluie ni capuche, il traversait les gouttes comme si de rien n’était.

Olivier Adam, Des vents contraires, collection de poche Points-Seuil (2010), page 204.

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