> Présidentiable ou non ?

7 février 2011

Le présidentialisme à la française, critiqué par les uns ou sacralisé par les autres, ne laisse guère de temps ni d’énergie aux autres séquences de la vie politique. Après une conquête au long cours du pouvoir présidentiel et des réformes au forceps qui ne dynamisent pas nécessairement les acteurs concernés – qu’on en juge par exemple par l’Université soumise à un rythme de réformes très soutenu (les Pres, puis l’autonomie et les pôles d’excellence liés au grand emprunt…) – , l’hyperprésident calme désormais un peu le jeu. Il prend la mesure de ses excès de l’été vis-à-vis des roms et des habitants des banlieues, et laisse François Fillon, réinstallé comme premier ministre, parler enfin à la place de Frédéric Lefebvre devenu un membre discret du gouvernement, ce dont personne ne se plaint. Mais, si le président se pencher désormais sur des dossiers plus calmes et à finalité électorale (la dépendance du grand âge, la fiscalité et les déficits, les jurys populaires pour continuer à manifester sa méfiance vis-à-vis des juges), personne ne doute vraiment qu’il va se livrer de nouveau la conquête du pouvoir.

Sa force réside peut-être dans sa capacité de se succéder à lui-même, de se suffire, et de ne pas avoir besoin de trouver dans l’histoire des modèles, des références, des figures incarnant le pays. Mais ce qui valait quand il représentait la « rupture » ne suffit plus. Dès lors, sa faiblesse réside dans le défaut d’ancrage historique, en dépit des envolées gaullistes d’Henri Guaino, et dans sa faible capacité d’incarnation.

Puiser dans l’histoire, trouver une mémoire politique, il semble que la gauche doive aussi s’y consacrer, pour ne pas osciller entre un anticapitalisme primaire visant les financiers (Hamon et Emmanuelli ont le savoir-faire !) et les promesses d’une social-démocratie rénovée. On a eu droit au rituel pèlerinage à Jarnac où chacun se penche sur la tombe de l’homme du programme commun et de l’union de la gauche. Comme si la gauche d’aujourd’hui était celle de la fin des années 1970, quand le Parti communiste existait encore… Des mitterrandiens fervents sont déjà en campagne, à commencer par Pierre Bergé qui adoube Ségolène Royal. Certes, le nouveau co-propriétaire du journal Le Monde a le droit d’avoir une opinion et de dire ses préférences, mais tout le monde comprend que ses allusions à Mitterrand sont une manière de freiner la montée en puissance, auprès de l’opinion et au sein du PS, de l’homme de Washington, qui incarne la réforme à gauche tout en ayant les mains un peu trop liées par le capitalisme financier. On n’aurait alors d’autre choix que d’être protestataire, indigné, réformiste ou mitterrandien (c’est-à-dire concilier les contraires en feignant de garder le cap : être pour les nationalisations en 1981 avant de céder sur le tournant dit néo-libéral de 1983).

Homme providentiel ou pas, Dominique Strauss-Kahn, porté par les sondages, est acculé par la presse politique, à gauche et à droite, à rentrer dans ces schémas faciles qui font de lui un quasi-sarkozyste…. Piège grossier ! La gauche, primaires ou pas, ne peut pas feindre longtemps de pouvoir choisir son programme et son candidat indépendamment l’un de l’autre. Son candidat doit s’affirmer, pas seulement comme porte-parole d’un programme élaboré dans les instances du parti, mais aussi pour trouver sa crédibilité à l’échelle nationale. Et prouver face au peuple rassemblé autour de la campagne présidentielle qu’il a le corps et la parole appropriés, le style et le langage adéquats. Mais reprendre pied sur cette rive de l’atlantique ne sera pas facile. On attend d’un futur président qu’il revalorise la fonction et qu’il renoue avec le sens d’une histoire. Bref, il doit moins descendre d’un satellite que montrer qu’il peut répondre dans le contexte hexagonal aux questions posées par la globalisation.

L’analyste Stéphane Rozès rappelle à bon escient que Nicolas Sarkozy n’a pas été élu en 2008 grâce à une campagne sur l’immigration mais grâce à son invitation à « travailler plus pour gagner plus », ce qui a échoué sur toute la ligne et pas du seul fait de la crise de 2008. Un présidentiable en phase avec la situation économique et sociale doit donc se tourner vers ceux qu’il veut représenter tout en affirmant des convictions. Robert Badinter rappelait récemment qu’un homme d’Etat doit faire preuve de volonté mais aussi brandir des convictions. Il serait temps de s’en souvenir et de ne pas se contenter de défiler dans la galerie des grands hommes en vue de prendre l’Etat. On ne peut pas toujours se prosterner au Panthéon.

Esprit

Une Réponse to “> Présidentiable ou non ?”

  1. chouka Says:

    Intéressant.

    Sans stratégie, pas forcément machiavélique, le fond n’est pas porté de manière optimale.

    Laisser murir, construire, les idées dans le parti et dans sa part de projet propre, sans que le parti aille contre sa cohérence.

    Dire ce que l’on souhaite faire, au bon moment, alors que les calendrier tactiques et institutionnels se chevauchent.

    Parler à tous, pourquoi pas avec un livre « ce que je ne pouvais pas dire au FMI : un projet pour la France ».

    Etre là, et pas seulement avoir été là-bas, car pas « d’évidence » (le oui pour le referendum européen était évident au départ dans l’opinion publique), seulement du travail et de l’engagement, de la persuasion et de la stratégie…

    J'aime


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :