Archive for the 'Compatriotes' Category

> Idées simples pour élection compliquée

31 mars 2017

Militant loyal à mon parti, je reprends ici l’argumentaire que j’utilise auprès des électeurs lors des distributions de tracts de ma section. Ces raisons de voter socialiste s’adressent donc à tout le monde.

1. Benoît Hamon a rassemblé 59% des électeurs de la primaire

Depuis 2002, nous nous sommes organisés pour être présents au second tour. Cela a fonctionné en 2007 et l’essai a été transformé en 2012 avec les primaires. Il n’y a pas d’autre méthode pour légitimer une candidature au-delà des appareils. Pour 2017, Benoît Hamon a été élu et il est impossible de ne pas contribuer à sa réussite.

2. Benoît Hamon est un responsable dont le bilan parle pour lui

Les électeurs préfèrent les politiques qui agissent. L’action du ministre Benoît Hamon en faveur de l’économie sociale et solidaire et au profit des consommateurs a été remarquée. Si l’on ajoute le bilan gouvernemental en faveur de la sécurité sociale professionnelle, du logement et de l’éducation, du redressement des comptes publics ou de maintien de la paix, la gauche a de solides atouts dans cette élection.

3. Fidèle à la tradition socialiste, Benoît Hamon s’engage pour les générations futures

La hausse de l’aide au développement, la réorientation de la politique européenne comme le service public de la petite enfance sont des propositions portées depuis longtemps par les socialistes. Benoît Hamon met en avant des idées nouvelles comme le revenu universel, l’interdiction de perturbateurs endocriniens ou la reconnaissance du syndrome d’épuisement professionnel. Notre candidat est jeune. Il adapte ses réponses, promet de nouvelles protections et prend le virage de l’écologie.

4. Benoît Hamon rassemble face aux menaces extrêmes

Il faut ménager les contours d’une majorité pour demain. Benoît Hamon a réussi l’union avec les écologistes. C’est une étape décisive. La porte est ouverte pour un rassemblement progressiste seul à même de barrer la route aux populismes. Après le Royaume-Uni et les Etats-Unis, nous sommes menacés par l’isolationnisme, le complotisme et le nationalisme. Pour faire face, Benoît Hamon anticipe les regroupements nécessaires.

Le dépassement des clivages peut être une bonne idée. Mais, comme en Allemagne où Martin Schulz a apporté son soutien à Benoît Hamon, cela doit s’établir sur un rapport de forces que seule une élection peut fonder.

5. au premier tour, défendons nos convictions et votons Benoît Hamon

Voter Benoît Hamon, c’est voter socialiste. C’est aussi voter pour une gauche de conviction, pour une gauche qui affirme une ambition réformatrice au profit du plus grand nombre et pour une gauche qui défend l’intérêt général dans une vision de transformation sociale. Personne ne votera à notre place pour la gauche responsable.

Hugues BERNARD, militant de la section Toulouse 2 – Louise Michel

> Présidentiable ou non ?

7 février 2011

Le présidentialisme à la française, critiqué par les uns ou sacralisé par les autres, ne laisse guère de temps ni d’énergie aux autres séquences de la vie politique. Après une conquête au long cours du pouvoir présidentiel et des réformes au forceps qui ne dynamisent pas nécessairement les acteurs concernés – qu’on en juge par exemple par l’Université soumise à un rythme de réformes très soutenu (les Pres, puis l’autonomie et les pôles d’excellence liés au grand emprunt…) – , l’hyperprésident calme désormais un peu le jeu. Il prend la mesure de ses excès de l’été vis-à-vis des roms et des habitants des banlieues, et laisse François Fillon, réinstallé comme premier ministre, parler enfin à la place de Frédéric Lefebvre devenu un membre discret du gouvernement, ce dont personne ne se plaint. Mais, si le président se pencher désormais sur des dossiers plus calmes et à finalité électorale (la dépendance du grand âge, la fiscalité et les déficits, les jurys populaires pour continuer à manifester sa méfiance vis-à-vis des juges), personne ne doute vraiment qu’il va se livrer de nouveau la conquête du pouvoir.

Sa force réside peut-être dans sa capacité de se succéder à lui-même, de se suffire, et de ne pas avoir besoin de trouver dans l’histoire des modèles, des références, des figures incarnant le pays. Mais ce qui valait quand il représentait la « rupture » ne suffit plus. Dès lors, sa faiblesse réside dans le défaut d’ancrage historique, en dépit des envolées gaullistes d’Henri Guaino, et dans sa faible capacité d’incarnation.

Puiser dans l’histoire, trouver une mémoire politique, il semble que la gauche doive aussi s’y consacrer, pour ne pas osciller entre un anticapitalisme primaire visant les financiers (Hamon et Emmanuelli ont le savoir-faire !) et les promesses d’une social-démocratie rénovée. On a eu droit au rituel pèlerinage à Jarnac où chacun se penche sur la tombe de l’homme du programme commun et de l’union de la gauche. Comme si la gauche d’aujourd’hui était celle de la fin des années 1970, quand le Parti communiste existait encore… Des mitterrandiens fervents sont déjà en campagne, à commencer par Pierre Bergé qui adoube Ségolène Royal. Certes, le nouveau co-propriétaire du journal Le Monde a le droit d’avoir une opinion et de dire ses préférences, mais tout le monde comprend que ses allusions à Mitterrand sont une manière de freiner la montée en puissance, auprès de l’opinion et au sein du PS, de l’homme de Washington, qui incarne la réforme à gauche tout en ayant les mains un peu trop liées par le capitalisme financier. On n’aurait alors d’autre choix que d’être protestataire, indigné, réformiste ou mitterrandien (c’est-à-dire concilier les contraires en feignant de garder le cap : être pour les nationalisations en 1981 avant de céder sur le tournant dit néo-libéral de 1983).

Homme providentiel ou pas, Dominique Strauss-Kahn, porté par les sondages, est acculé par la presse politique, à gauche et à droite, à rentrer dans ces schémas faciles qui font de lui un quasi-sarkozyste…. Piège grossier ! La gauche, primaires ou pas, ne peut pas feindre longtemps de pouvoir choisir son programme et son candidat indépendamment l’un de l’autre. Son candidat doit s’affirmer, pas seulement comme porte-parole d’un programme élaboré dans les instances du parti, mais aussi pour trouver sa crédibilité à l’échelle nationale. Et prouver face au peuple rassemblé autour de la campagne présidentielle qu’il a le corps et la parole appropriés, le style et le langage adéquats. Mais reprendre pied sur cette rive de l’atlantique ne sera pas facile. On attend d’un futur président qu’il revalorise la fonction et qu’il renoue avec le sens d’une histoire. Bref, il doit moins descendre d’un satellite que montrer qu’il peut répondre dans le contexte hexagonal aux questions posées par la globalisation.

L’analyste Stéphane Rozès rappelle à bon escient que Nicolas Sarkozy n’a pas été élu en 2008 grâce à une campagne sur l’immigration mais grâce à son invitation à « travailler plus pour gagner plus », ce qui a échoué sur toute la ligne et pas du seul fait de la crise de 2008. Un présidentiable en phase avec la situation économique et sociale doit donc se tourner vers ceux qu’il veut représenter tout en affirmant des convictions. Robert Badinter rappelait récemment qu’un homme d’Etat doit faire preuve de volonté mais aussi brandir des convictions. Il serait temps de s’en souvenir et de ne pas se contenter de défiler dans la galerie des grands hommes en vue de prendre l’Etat. On ne peut pas toujours se prosterner au Panthéon.

Esprit

> Contre la dictature de l’orthographe

2 janvier 2011

Propos de Daniel Luzzati recueilli par Laurence Picolo pour Ouest-france.

Comment expliquez-vous l’effondrement du niveau orthographique des élèves français ?

Depuis 1990, c’est catastrophique. Il y a plusieurs raisons à cela. La principale : le français est la plus difficile de toutes les langues européennes. Dans les autres, ce qui se dit s’écrit et ce qui s’écrit s’entend. Quand vous pensez qu’en français il y a sept façons d’écrire le son « ni » : ni, nid, nids, n’y, nie, nies, nient. Ce n’est la faute de personne. La langue est bourrée d’incohérences. Apprendre l’orthographe réclame un investissement considérable, en partie en pure perte. Ainsi, combien de dizaines d’heures dans une scolarité sur l’accord du participe passé ? Pour quel résultat ?

D’autres raisons ?

L’abandon du latin. Dans les années 1950, 75 % des élèves apprenaient le latin. Dans les années 1970, ils n’étaient que 35 %. Et seulement 4 % aujourd’hui. Le latin avait une vertu : il faisait apprendre la grammaire.

C’est si grave ?

Il faut prendre conscience de la dimension culturelle surchargée qu’on accorde à l’orthographe. Le vrai problème de l’orthographe, c’est l’importance qu’on y attache. On l’a sacralisée. La dysorthographie est extrêmement pénalisante. Gênante sur le plan pratique et moral. Combien de parents n’osent pas écrire sur le carnet de correspondance de leur enfant pour un simple mal de ventre ? La peur d’être jugés ! Chez nous, la maîtrise de l’orthographe est encore synonyme de pouvoir. C’est un outil de ségrégation sociale.

Cette attention portée à l’orthographe est-elle typiquement française ?

Nous sommes les champions de la dictée. Pourtant, ce n’est pas un exercice d’apprentissage, mais d’évaluation, qui a surtout pour effet d’encenser les bons et d’enfoncer les faibles. On est aussi le pays où se vendent le plus de dictionnaires, de produits anti-fautes aussi inefficaces que les pilules anti-obésité ou les crèmes anti-rides.

Alors que faire ? Simplifier ?

Simplifier oui, de façon raisonnable. Les outils modernes, comme l’informatique, peuvent nous y aider. Il faudrait qu’une communauté s’accorde sur des principes. Par exemple, est-ce que « orthographe » avec deux « h » s’impose ? Comment justifier « haïr » et « trahir » ? Il s’agirait de simplifier pour se consacrer au sens, fondamental, lui.

> Notre Terreur

23 octobre 2010

Photo : Léo-Antonin Lutinier (Carnot) et Vladislav Galard (Saint-Just).

Notre Terreur, création collective de la compagnie D’ores et déjà, dresse le portrait des derniers jours du Grand Comité de l’an II qui s’étire entre la décapitation de Danton (avril 1794) et la chute de Robespierre (juillet 1794). Cette œuvre est jouée à Toulouse au Théâtre Garonne jusqu’au 23 octobre.

Pour moi, nostalgique des premiers républicains, girondins et brissotins, que le conflit entre Dantonistes et robespierristes a balayé de l’histoire, j’étais sur mes gardes. Néanmoins, la liberté d’interprétation l’emporte sur toutes les prévenances. A ce titre, cette pièce est un produit qui se situe après la chute du communisme. Notre période admet mal la glorification ou la destruction d’un camp ou d’une vision historique. La question est de comprendre pourquoi des révolutionnaires en viennent à engendrer une Terreur -Notre Terreur- dont les résonances n’ont pas fini de hanter l’univers du pouvoir. Les onze membres du Comité de Salut Public vivent avec angoisse et hésitation l’histoire en marche. Fidèles aux figures historiques qu’ils incarnent, les comédiens avancent à tâtons dans une période où l’échec politique menait à la guillotine. La violence est l’aboutissement de leur cheminement collectif et personnel. Pour la compagnie qui, du fait de sa jeunesse, n’a pas connu l’indigestion de la période du Bicentenaire, il n’y a pas d’a priori sur les personnages. Au contraire, on ressent en tant que spectateur, le plaisir d’une mise en scène qui prend une certaine liberté à reconsidérer une période historique lourde qui a marqué à jamais notre pays.

Cette pièce de théâtre est aussi une illustration de l’amour de la discussion politique et de la controverse. Prouesse pour le jeu d’acteurs, c’est un moment exaltant pour l’imagination, l’éloquence et le débat contradictoire. Dans l’émission d’Emmanuel Laurentin, La Fabrique de l’Histoire, un des comédiens donne le témoignage d’un spectateur qui lui a affirmé avoir retrouvé les conditions d’une réunion de section politique. Ce militant socialiste n’avait sans doute pas tout à fait tort. J’ai moi-même retrouvé les étonnants personnages qui peuplent parfois mes rendez-vous politiques. C’est à la fois très drôle et très vrai. Une raison de plus pour prendre la chose politique au sérieux sans se prendre soi-même trop au sérieux.

> Moulin, Cordier, la Résistance

5 août 2010

> Une seule et même humanité

23 juillet 2010

J’ai souvent le sentiment de retrouver dans les visages d’inconnus celui de ma famille même quand ces étrangers n’habitent pas la péninsule armoricaine. Je n’ai pas pu mesurer ce vague pressentiment en faisant le tour du monde comme l’équipe de Saperliplanète. Simplement, en découvrant le résumé réalisé pour le compte de l’émission de Françoise Joly et Guilaine Chenu, j’ai eu comme une confirmation qui fait plaisir. Nous sommes tous des Homo sapiens et nos besoins sont les mêmes. Bon, cette découverte anthropologique peut paraître minime mais c’est parfois un enseignement pas si anodin à l’heure où le replis identitaire a autant le vent en poupe. Le périple de la famille Vasse est une grande leçon d’humanité. Il faut bien entendu mettre en exergue la conscience aiguë que les saperlipanautes ont de la finitude du monde. Le combat pour la sauvegarde de la biodiversité passe par la survie de l’espèce humaine.

Pour ma part, j’ai tenté deux années consécutives l’hébergement sans eau sans électricité. Je conçois que par un mois d’août provençal c’est moins gênant et plus pratique que sur les plateaux mongols. Néanmoins, ce n’est pas facile de limiter son impact sur l’environnement. Même sans eau courante et sans électricité, j’ai malencontreusement émis des gaz à effet de serre. Cette année, je n’ai plus les moyens, ce sera camping avec sanitaires et piscine entre Durance et Verdon !

> L’ordre juste ?

22 juillet 2010

Souvenir d’une vieille édition de l’émission « L’esprit public », voici ce que disait très justement Jean-Louis Bourlanges au sujet de l’engagement de Jean-Marc Ayrault de ne pas déférer devant le Conseil constitutionnel le projet gouvernemental interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public adopté en première lecture à l’Assemblée nationale le 13 juillet dernier.

« Je voulais simplement signaler un fait et ce n’est pas pour stigmatiser Jean-Marc Ayrault. Il est dans le même jeu que le Gouvernement. J’ai lu que Monsieur Ayrault renoncerait à déférer la loi sur l’interdiction de la burqa au Conseil constitutionnel. Le Gouvernement s’en réjouit en disant : « je savais qu’il ne le ferait pas parce que cette loi est populaire. » On se souvient que Pascal Clément avait eu une attitude identique quand il était Garde des sceaux en défiant la gauche de déférer une loi qui serait anticonstitutionnelle. Cela appelle de ma part, deux très courtes observations. La première, c’est que je trouve extraordinaire la désinvolture de la droite et de la gauche à l’égard de l’ordre juridique. Je crois que si c’est légal ou constitutionnel, cela mérite d’être dit. Deuxièmement, je me réjouis que l’on ait introduit dans la réforme constitutionnelle la question préalable de constitutionnalité qui fera que, de toute manière, cette question resurgira le moment venu. Alors, la loi sera peut être censurée par le Conseil constitutionnel. »

> La touchante sincérité de Daniel Cordier

16 juillet 2010

La lecture du journal de Daniel Cordier m’a bouleversé. Ce jeune homme de 19 ans choisit dès juin 1940 de s’engager totalement contre l’occupation, de débarquer à Londres alors qu’il souhaitait combattre en Afrique du Nord. Il se forme dans les troupes de la France libre, choisit les Chasseurs puis le BCRA et la clandestinité pour rejoindre au plus tôt la France et devenir le bras droit de Jean Moulin. Une question l’obsède, comment délivrer le territoire et comment être le plus efficace et le plus utile pour atteindre cet objectif. Une crise le taraude, celle qui le fait évoluer du monarchisme à la République et de l’extrême-droite à la gauche. Tout cela est dit avec des mots simples et une franchise désarçonnante.

Daniel Cordier nous rédige un journal de bord où, date par date, il note les moments les plus importants de sa vie qui s’écoule de la défaite de juin 1940 à la nouvelle de l’arrestation de son chef. Cette méthode dévoile un peu la personnalité de l’auteur. Après avoir écrit une biographie de Jean Moulin, celui-ci ne voulait pas passer sous silence sa propre vérité. Il est entier, s’avoue « méridional » ce qui signifie dans sa bouche volontiers emporté, recherche en permanence la chaleur humaine de ses camarades de la France libre, s’habitue à la rude vie solitaire de la clandestinité, se méfie de la désorganisation chronique des résistants. Il admire et vénère deux idoles que sont Jean Moulin, son patron direct qu’il apprend à connaître et devinant son passé sans y arriver tout à fait et Charles de Gaulle, son chef qui tient un discours clair et précis qui devient vite son nouveau bréviaire.

Très loin de l’hagiographie officielle, nous rencontrons les chefs des mouvements Libération, Combat et Franc-Tireur, leur méthode de communication, leur caractère… Daniel Cordier passe beaucoup de temps au restaurant ou dans les cafés. C’est des échanges avec tous les personnages qui peuplent la France libre de Londres, Delville Camp, Camberley, Old Dean et Inchmery et la Résistance des villes de Lyon puis Paris que nous voyons le bourgeois maurrassien et antisémite se remettre en cause. Un des instants poignants du livre est lorsqu’il découvre Paris et l’obligation faite aux Juifs de porter l’étoile jaune. Attentif au sentiment des populations en Angleterre, où la dignité du peuple le surprend, comme en France, où la passivité le gêne, son témoignage n’en est que plus singulier :

En approchant du café, je vois venir à moi, serrés l’un contre l’autre, un vieillard accompagné d’un jeune enfant. Leur pardessus est orné de l’étoile jaune. Je n’en ai jamais vu : elle n’existe pas en zone sud. Ce que j’ai pu lire en Angleterre ou en France sur son origine et son exploitation par les nazis ne m’a rien appris de la flétissure que je ressens à cet instant : le choc de cette vision me plonge dans une honte insupportable.

Ainsi les attaques contre les Juifs, auxquelles je participais avant la guerre, sont-elles l’origine de ce spectacle dégradant d’être humains marqués comme du bétail, désignés au mépris de la foule. Subitement, mon fanatisme aveugle m’accable : c’est donc ça l’antisémitisme !

Entre mes harangues d’adolescent exalté – « fusiller Blum dans le dos » – et la réalité d’un meurtre, il n’y avait dans mon esprit aucun lien. Je comprends à cet instant que ces formules peuvent tuer. Quelle folie m’aveuglait donc pour que, depuis deux ans, la lecture de ces informations n’ait éveillé en moins le plus petit soupçon ni, dois-je l’avouer, le moindre intérêt sur le crime dont j’étais complice ?

Une idée folle me traverse l’esprit : embrasser ce vieillard qui approche et lui demander pardon. Le poids de mon passé m’écrase ; que faire pour effacer l’abjection dont j’ai brusquement conscience d’avoir été le complice ?

(…) Assurément, la Résistance n’est pas le lieu propice à la culture des remords.

(page 735).

Plus drôle est pour moi le moment où Daniel Cordier rencontre des Bretons. Il ne pouvait en être autrement puisque selon les propres mots du général « parmi les braves et jeunes Français, marins, soldats qui combattent toujours pour la France, un sur trois est breton. » En réalité, ils sont plus de 40% des engagés dans les premiers temps. Mais dans cet échange dans les barracks des volontaires de la « Légion de Gaulle », il y a pour Daniel Cordier deux découvertes : il est pris pour un Juif et découvre la susceptibilité bretonne :

Au cours de la conversation, je lui demande s’il connaît Bécassine au pays basque. Cette bande dessinée poétique était le mythe de mon enfance. Sur le lit, en face de moi, Léon, un jeune paysan breton affairé à lustrer ses chaussures en chantonnant, se redresse au nom de Bécassine et m’approche vivement : « Qu’est-ce qu’elle t’a fait Bécassine ? Elle t’emmerde ! » Je proteste, mais il réplique avec violence : « Tu as tort de croire que les Bretons sont des cons. Ils sont plus intelligents que toi.

– Je n’ai jamais dit ni pensé que les Bretons ne sont pas intelligents.

– Tu parles de Bécassine, c’est la même chose. Tu méprises les Bretons. C’est une insulte, une invention de Juifs comme toi pour ridiculiser les Bretons. Les Bretons vous emmerdent, et ils vous le prouveront.

– Mais je ne suis pas juif.

– Peut-être, mais tu es parisien, c’est la même chose. On vous aura. »

À côté de moi, Berntsen, qui n’a dit mot durant l’altercation, s’amuse visiblement. Avec son flegme habituel, il intervient « Écoute, il faut avoir pitié de Cordier, il est le seul Parisien ici, alors que nous sommes tous bretons. Ce n’est pas sa faute s’il est juif. »

Incrédule sur ce que j’entends, je regarde Berntsen dont les yeux brillent de malice. Sans se démonter, il allume la radio : le carillon de Big Ben annonce les informations de la BBC, qui mettent un terme à ce dialogue absurde.

En faisant chorus contre moi, la chambrée m’a fait découvrir une blessure incompréhensible mais profonde dans l’honneur des Bretons. Jamais plus durant la guerre je n’évoquerais ma chère Bécassine.

(page 143).

Plus sérieusement, il y a de nombreuses anecdotes qui passent en revue ses utopies monarchistes, sa culture catholique, ses origines privilégiées, ses amitiés fraternelles nées du combat, la vénération de ses chefs. Daniel Cordier ne manque ni d’humour ni de vérité. Ces histoires illustrent au contraire son souci permanent de prise de recul et de grande sincérité. C’est pourquoi son livre est agréable et l’on regrette le moment de la lecture car on le trouve trop court.

Je pense qu’il est plus difficile de changer que de camper sur ses positions. Toute mutation, lorsqu’elle est honnête, exige une démarche intellectuelle approfondie. Daniel Cordier, a évolué politiquement dans l’action de la Résistance. En tant que secrétaire de Jean Moulin, il a aussi été initié à l’art moderne qui le désarçonnait et parfois l’offusquait. Le soir de la première réunion du Conseil national de la résistance (CNR), Jean Moulin lui offre un livre de Christian Zervos intitulé L’histoire de l’art moderne, après l’avoir emmené contempler Vassily Kandinsky dans une galerie parisienne du Quai des Orfèvres. Aujourd’hui, les dons réalisés par Daniel Cordier de nombreuses œuvres au Centre Pompidou et aux Abattoirs à Toulouse montrent que, dans sa brillante carrière de marchand et collectionneur d’art, il a également exercé son talent avec sincérité.

Daniel Cordier, Alias Caracalla, Gallimard, mai 2009,
931 pages, 32€.

> « On savait parler à l’époque »

31 mai 2010

Inauguration de l’Institut protestant de théologie de Paris par Jules Ferry en novembre 1879 :

« Le protestantisme a été, dans l’histoire moderne, la première forme de la liberté. Notre évangile politique est aussi le vôtre. La révolution de 1789, dont notre république est le développement logique, a été faite en partie par vous : elle est pour vous la date de l’affranchissement définitif. Nous vous saluons donc comme une puissance amie, comme une alliée nécessaire, qui ne fera défaut ni à la République, ni à la liberté. Vous pouvez compter sur nous comme nous pouvons compter sur vous, assurés que vous êtes, Messieurs, de trouver auprès de nous en tout temps, non seulement justice, mais profonde sympathie. (…) L’État est ici à sa place, il a ici sa part, non pour fixer le dogme, qui ne lui appartient pas, mais à un double titre qui lui est propre, celui de gardien de la cité terrestre et celui de gardien du savoir humain. »

Citation reprise à l’occasion de l’inauguration du Fonds Paul Ricoeur et développée sur le site internet du Musée protestant. L’expression « on savait parler à l’époque » est venue ponctuer la citation et a été prononcée par l’actuel occupant du Palais de l’Elysée.

> Mona Ozouf lue par des socialistes

26 avril 2010

Retour sur la question de l’identité au sein des colonnes de La revue socialiste n°37. Cela m’avait échappé tout comme les détours pris par Bernard Poignant et Mathias Fekl pour leurs lectures particulières du dernier livre de Mona Ozouf.

Le maire de Quimper nous rappelle ses engagements de député finistérien en faveur des langues régionales et de la ratification de la Charte européenne censée les protéger. Il convient que rien n’a été fait en ce sens malgré son rapport parlementaire ou encore le travail du constitutionnaliste Guy Carcassonne. La modification constitutionnelle de juillet 2008 ne change rien à la situation. La France se distingue par une certaine forme de violence faite aux langues régionales. Pour illustrer la tension entre enracinement et humanisme qui constitue le coeur de l’identité selon Mona Ozouf, Bernard Poignant cite Jean Jaurès qui proclame qu’instituer la République, « c’est proclamer que des millions d’hommes sauront tracer eux-mêmes la règle commune de leur action : qu’ils sauront concilier la liberté et la loi, le mouvement et l’ordre, qu’ils sauront se combattre sans se déchirer ».

Mathias Fekl souligne les conséquences qu’il convient de tirer de l’apprentissage personnel et des affirmations de l’historienne de la Révolution. Il en compte trois. Premièrement, reconnaître les différences doit conduire à dessiner une France des régions, à impulser une nouvelle étape de la décentralisation sans en venir au fédéralisme pour autant. Deuxièmement, définir des valeurs universelles conduit à rédiger celles-ci par l’humanité tout entière et à rejeter le relativisme culturel. Troisièmement, la République doit offrir un espace commun à réinventer et Mathias Fekl donne l’idée de repenser le cadre de cérémonies commémorant, entre autres, naissance, mariage, décès, remise de diplôme.

Le plus amusant dans la lecture de l’édition de La Revue socialiste est le commentaire que Mona Ozouf fait à l’attention de ses deux lecteurs. Deux remarques m’ont apparu importantes. Sans doute rejoignent-elles mes propres préoccupations et je reconnais une sélection toute subjective de l’article qu’elle a pris soin d’écrire. Tout d’abord, Mona Ozouf n’hésite pas à évoquer un redécoupage des régions françaises. Même si elle se concentre sur le grand Ouest et ne minimise pas les difficultés, elle dit clairement sa préférence pour une Normandie et une Bretagne réunies comme a pu le suggérer en son temps le géographe français et militant breton Pierre-Yves Le Rhun. Ensuite, Mona Ozouf, même s’il elle accepte le qualificatif, se méfie de l’appellation de républicaine que lui colle Bernard Poignant. Elle développe un long argumentaire pour s’expliquer. Je ne trouve pas de meilleure idée que de la citer.

« Mais la radicalité nouvelle attachée à l’adjectif républicain s’accommode de bien des flottements dans sa définition. Il recouvre souvent des crispations qui ne disent pas, ou ne veulent pas dire, leur nom : rejet de l’Islam, de l’Europe, des revendications régionales et de leurs droits culturels, du système fédéral, du libéralisme enfin. Dans cette dernière acception, la foi républicaine est souvent, dans un monde où les religions laïques se sont écroulées, une foi de substitution. Si donc je me sens, en effet, républicaine, c’est en me gardant de surestimer l’efficacité intégratrice du modèle républicain, et avec en mémoire la longue histoire au cours de laquelle une République enfin acquise à la tolérance a dû composer avec la variété des situations particulières, en reconnaissant entre l’individu solitaire et l’État souverain la médiation d’associations multiples, bref en amendant un modèle républicain qui n’a jamais, quoiqu’on le rêve aujourd’hui, fonctionné de façon pure. »

> Impossible de recommander une interdiction

31 mars 2010

Dans le débat portant sur le voile intégral, il faut distinguer deux choses. Ce que l’on pense de cet accoutrement, je ne connais personne dans mon entourage qui ne s’y oppose pas absolument, et ce l’on pense juste de devoir faire pour limiter -ou interdire- cette pratique vestimentaire. Le Conseil d’Etat ne s’exprime que sur les possibilités juridiques d’interdiction du port du voile intégral. En résumé, la plus haute juridiction administrative de notre pays préfère la pédagogie au bâton. Au passage, elle rappelle ce qui, à ses yeux, est impossible sur le plan juridique. Dans son étude remise au Premier ministre le mardi 30 mars 2010, elle est catégorique sur plusieurs points :

1. Pas de bases juridiques incontestables pour une interdiction :

Il est apparu au Conseil d’Etat qu’une interdiction générale et absolue du port du voile intégral en tant que tel ne pourrait trouver aucun fondement juridique incontestable.

2. Pas de rappel possible au principe de laïcité :

Le Conseil d’Etat écarte tout d’abord résolument le principe de laïcité comme fondement d’une éventuelle interdiction.

2. Pas de rappel possible aux principes de la dignité de la personne humaine et celui de l’égalité entre les femmes et les hommes :

Le principe de dignité de la personne humaine et celui de l’égalité entre les femmes et les hommes, même s’ils trouvent tous les deux des fondements constitutionnels solides et des applications jurisprudentielles très fortes, pourraient difficilement s’appliquer en l’espèce.

Le Conseil d’Etat rappelle les risques juridiques sérieux auxquels notre pays s’expose au regard des libertés garanties par la Constitution et la Convention européenne de sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés fondamentales s’il voulait persévérer dans l’idée d’une « interdiction du port du voile intégral (…) la plus large et la plus effective possible. » En cela, notre juridiction se montre fidèle à l’avis rendu en 1989 sur le port de signes religieux dans les établissements scolaires. Elle est, pour moi et j’espère de nombreux compatriotes, un pilier incontestable de l’Etat de droit et un rempart solide de la défense de la laïcité en tant que principe général du droit.

Conseil d’Etat : dossier de presse, fiche Questions-réponses, étude complète.

> Un président qui ne parle que de lui

31 mars 2010

– On est passé du domaine réservé au domaine personnalisé. La marque, c’est Sarkozy ; la France est secondaire.

– Le général de Gaulle et François Mitterrand parlaient autrefois de la France ; aujourd’hui Nicolas Sarkozy parle de lui.

– Nicolas Sarkozy est visible, mais notre politique n’est pas lisible.

– On a l’impression que Nicolas Sarkozy est passé d’une position pro-Bush à une position anti-Obama.

Extraits de l’entretien avec Jean-Christophe Cambadélis par Pascal Boniface et Marie de Jerphanion publié dans La revue internationale et stratégique

> La langue de bois par Franck Lepage

29 mars 2010

Un extrait de la « conférence gesticulée » de Franck Lepage trouvé sur le blog de Philippe Goirand. Une véritable pépite qui donne des éléments de compréhension de la novlangue.

> « Repensons la notion d’appartenance »

25 janvier 2010

Propos recueillis par Jean-Michel Djian, pour le revue les Idées en mouvement de la Ligue de l’enseignement.

Les Idées en mouvement : Vous dites que « l’école est le lieu d’une bienheureuse abstraction : on est hors d’atteinte de ce qui, à l’extérieur, est menaçant et douloureux ». Pensez-vous qu’une telle conception soit toujours valable ?

Mona Ozouf : L’école de mon enfance était en effet le lieu de l’abstraction : abstraction des particularités familiales, sociales, régionales. On n’y parlait jamais de ce qui caractérisait les êtres, et seul le mérite était habilité à introduire de l’inégalité entre les élèves.

À l’époque elle me paraissait « bienheureuse », parce que ce monde ordonné et fixe, où il suffisait de connaître les codes pour se mouvoir avec aisance, était profondément rassurant. Du reste, les instituteurs eux-mêmes considéraient le lieu scolaire comme un espace protégé de la vie ordinaire (c’est cette conviction qui fit durablement obstacle à la grève chez les enseignants, préoccupés de ne pas renvoyer les enfants à la rue) et de la brutalité des sanctions dans le monde réel. Le philosophe Alain y discernait le vrai mérite de l’école : « Au tableau noir, disait-il, les fausses additions ne ruinent personne. »

Cette clôture de l’école a vécu. Le monde extérieur, naguère tenu à la porte, a pénétré agressivement l’espace scolaire et le concurrence victorieusement. Il suffit de songer que le savoir, ou ce qu’ils tiennent pour tel, arrive aux élèves par d’autres canaux que l’école et sous le couvert d’autres autorités que celle de l’instituteur, autrefois seul avec le curé à en détenir les clés dans une France toute rurale.

Dans quelles conditions l’école d’aujourd’hui peut-elle encore répondre aux exigences d’une République qui fait de la liberté, l’égalité et la fraternité sa devise nationale ?

Accéder à la liberté en se dégageant des appartenances, c’est en effet ce qu’exige peu ou prou tout enseignement. Apprendre, c’est toujours se déprendre et se décentrer, et cet apprentissage critique conserve toute sa valeur éducative.

Mais l’école d’hier poussait à l’extrême cette conviction : elle se préoccupait peu de savoir d’où venaient les enfants qu’elle accueillait, refusait de les définir par leur arrière-plan familial, social ou ethnique, et les dépossédait en toute bonne conscience. Aujourd’hui, la présence massive dans les classes des enfants d’immigrés oblige à plus de nuances. D’une part, il est irréaliste de croire qu’il est possible d’enseigner sans prendre appui sur les attachements individuels et les appartenances collectives. D’autre part, il nous faut repenser la notion d’appartenance, aujourd’hui trop étroitement assimilée à un emprisonnement. En réalité, l’appartenance est à la fois l’envers et le socle de la liberté. L’envers, parce qu’elle peut en effet signifier la claustration dans une situation particulière. Le socle, parce que c’est seulement au sein de cette situation particulière que l’individu peut acquérir la capacité de penser et d’agir par lui-même.

C’est pourquoi on peut défendre le principe d’un enseignement pour tous, qui prépare à la citoyenneté politique et sociale, mais qui le complète par l’enseignement d’une histoire et d’une tradition particulières : on articulerait ainsi la culture commune et la fidélité singulière. On peut tenir bon sur l’idée régulatrice de l’universel en faisant sa place à une histoire communautaire, échelon intermédiaire entre l’individu et la volonté universaliste de l’État.

Pourquoi la France a-t-elle « peur de la pluralité » ? Quelles sont les racines de ce mal alors que la patrie des Droits de l’homme prône partout la diversité culturelle et le dialogue des cultures ?

La méfiance envers la pluralité est une vieille affaire en France. Montesquieu, dans L’Esprit des lois, remarque déjà que le plus difficile pour les Français – et c’est pourtant à ses yeux le plus important – consiste à démêler les situations où il faut légiférer pour tous et celles qui exigent un traitement particulier. La pente des Français est de privilégier la loi uniforme pour tous. Probablement parce que la France est une vieille terre de divisions et de conflits, entre Francs et Gaulois, Armagnacs et Bourguignons, Girondins et Montagnards, Versaillais et Communards, elle a eu, davantage qu’un autre pays, le besoin d’affirmer, jusqu’à l’obsession, son unité et son indivisibilité. Dans cette quête de l’unanimité, la Révolution a joué son rôle. Car les hommes de la Révolution, en décapitant leur roi, ont renoncé au plus puissant et au plus charnel des symboles de l’unité nationale. Il leur a donc fallu, pour équilibrer et compenser cette perte, forger une République dotée d’une unité et d’une indivisibilité aussi formidables.

Quand vous dites que cette patrie des Droits de l’homme prône partout la diversité culturelle, vous avez raison. Mais justement : elle se contente souvent de la « prôner ». Voyez Sarkozy : le candidat à la présidentielle consacre un discours exalté aux diversités culturelles et linguistiques, mais dans le même discours, abandonnant tout à coup sa rhétorique, il annonce qu’il ne signera pas la charte européenne des langues minoritaires, sans même paraître apercevoir la contradiction.

Quand vous faites remarquer que bientôt « il faudra présenter sa carte identitaire au lieu de la carte d’identité », ne pensez-vous pas que, dans les faits, c’est déjà le cas ? Sommes-nous, vu sous cet angle, dans une sorte de régression républicaine ? Dans l’affirmative, pourquoi ?

Attention ! Ce n’est pas moi qui dis qu’il faudra bientôt présenter sa carte identitaire en lieu et place de sa carte d’identité. Je mets ce propos dans la bouche de ceux qui pourfendent un communautarisme criminel et annoncent à grands cris une régression républicaine.

Je ne reprends nullement ce propos à mon compte, et ce pour plusieurs raisons. D’abord je ne crois pas que la France soit menacée d’éclatement ou de balkanisation. Ensuite, le sentiment d’appartenance n’est pas nécessairement, comme on veut nous le faire croire, un choix agressivement antirépublicain. C’est souvent le simple sentiment de défense de ceux qui ne se sentent pas acceptés, que leurs conditions de vie renvoient au ghetto et qui sont souvent rudement ramenés au sentiment identitaire par le regard d’autrui : on demande au travailleur immigré de se faire invisible, de se comporter en individu déconnecté de son appartenance, mais dans la pratique sociale, en lui refusant travail ou logement, on l’y renvoie sans aménité.
S’il y a aujourd’hui régression républicaine, elle me paraît due à deux facteurs essentiels. Ce qui naguère avait vertu intégratrice, c’était le travail, et quand il n’y a plus de travail pour tous, l’impératif de « travailler plus » devient une imposture. Par ailleurs, autre élément puissant d’intégration, il y avait la conviction largement partagée que la vie des enfants serait moins rude et plus heureuse que celle des parents. Ce qui peut aujourd’hui assurer l’intégration républicaine, ce n’est pas de chanter la Marseillaise une fois l’an, mais de retrouver ces deux talismans disparus.

Pensez-vous que le projet républicain peut encore se nourrir des tensions qui l’ont historiquement caractérisé (comme la langue, la laïcité, les appartenances régionales) ? Si oui dans quelles conditions et avec qui ?

Il n’est pas facile de répondre à cette question, qui mêle des éléments très différents, les uns particuliers, les autres universels. Le « projet républicain » ignorait les tensions plus qu’il ne s’en nourrissait. Pour m’en tenir à la laïcité, l’école républicaine ignorait superbement et ignore toujours l’histoire des religions et laisse les élèves tout à fait démunis devant des pans entiers de la littérature et de l’art. Trop souvent aussi la laïcité est interprétée en termes de pure neutralité. Jaurès disait déjà que le respect des croyances enfantines ne devait pas aboutir à une laïcité frileuse qui s’interdirait de poser la moindre question dans la peur de blesser une conscience. L’esprit de la laïcité, pour lui, est de tout poser en termes de problèmes. Il s’agit du même coup non seulement d’ouvrir à la confrontation des opinions un espace neutre et se retirer du débat en s’en lavant les mains, mais de favoriser sur tout sujet la confrontation et la problématisation.

Pour « grandir et se rénover », le projet républicain a surtout besoin de se redéfinir lui-même. Trop souvent ses partisans le définissent de manière purement défensive, en l’opposant au fédéralisme européen, au libéralisme, au communautarisme. Trop souvent ils jugent que la République et la patrie sont menacées dès qu’on accepte que les appartenances soient rendues visibles, revendiquées et honorées. Les Américains, qui pratiquent cette reconnaissance, sont-ils moins patriotes que nous ?

Retrouvez les Idées en mouvement sur www.iem-laligue.org/

> Philippe Séguin par Jean Baubérot

8 janvier 2010

De Martine Aubry aux diverses personnalités de l’UMP, en passant par les commentateurs médiatiques, tous saluent le « grand Républicain », l’homme qui aimait passionnément la République, etc… sans dire que Philippe Séguin était, tout autant, passionné par le bonapartisme et qu’il avait consacré un livre plutôt louangeur à Napoléon III.

Certes, sous le Second Empire, la France s’est modernisée, le droit de grève a été reconnu (significativement 20 ans avant le droit de se syndiquer, alors que c’est l’inverse dans les autres pays démocratiques : dans la France du « citoyen abstrait », le droit au conflit, à l’affrontement passe avant le droit de s’organiser pour discuter, négocier et trouver des compromis !). Mais le bonapartisme est un césarisme, un régime fort peu démocratique.

Or beaucoup d’institutions dites « républicaines » ont été, en fait, instaurées ou façonnées par le Bonapartisme. L’attirance de Philippe Séguin pour Napoléon III est bien dans la logique de la conception d’une République « exception française. » Car c’est souvent dans ses aspects peu démocratiques que la République française se veut une exception.

Au lieu de faire de la mort de Philippe Séguin une occasion de célébrer de façon acritique et quasi religieuse la République, nous ferions bien d’être un peu plus rationnel : de rendre (certes) hommage à l’homme, y compris à ses « défauts » (le propos de Sarko est, là, juste : des défauts, mais rien de médiocre) et de réfléchir : cet amour partagé de la république et du bonapartisme était explicite chez Philippe Séguin, il est implicite chez beaucoup d’autres qui se veulent « républicains » et qui le sont de façon autoritaire.

Jean Baubérot
http://jeanbauberotlaicite.blogspirit.com/

> Wir sind das Volk, wir sind ein Volk !

9 novembre 2009

89-09

Ils étaient le peuple contre une démocratie dite « populaire » et ils étaient un peuple uni derrière la liberté. Cela faisait déjà longtemps que l’on savait que le communisme ne travaillait plus à l’émancipation de la classe ouvrière (Berlin 1953, Budapest 1956, Prague 1968, Gdansk 1980). Mais je me souviens des visages des Allemands de l’Est qui se libéraient de l’obscurité communiste, qui se réjouissaient des fruits et légumes disponibles sur les étals berlinois et qui s’enthousiasmaient du goût de la liberté. J’aurais souhaité mon pays plus franchement enthousiaste et la gauche sociale-démocrate plus accueillante. J’ai assisté aux réticences de mon propre camp, à l’absence d’influence d’un SPD dirigé par Oskar Lafontaine, aux visites de notre président dans l’État-fantôme de Hans Modrow en décembre 1989…

Ces rendez-vous manqués n’ont pas entamé le capital de sympathie que je conserve pour les témoins de cette période. Peu de temps après je participe aux échanges initiés par l’Office franco-allemand pour la Jeunesse, découvre Dresde, Chemnitz, Leipzig, les dernières casernes d’une Armée rouge qui ne fait plus peur à personne, les militants du SPD, des Jusos, des Falken, syndicalistes du DGB… Je multiplie les rencontres pour comprendre et évaluer la façon de maîtriser le processus d’unification.

Seulement, l’histoire n’est pas simple et comme le rappelle l’excellent Hugues Serraf : « le monde émergeant de l’amas berlinois de briques et de parpaings n’est pas des plus rassurants, avec ses crises financières, ses terroristes, ses bouleversements technologiques et scientifiques mal-maîtrisés… Mais à ceux qui hésitent encore à se réjouir franchement, vingt ans après sa démolition, rappelons que le Mur était là pour empêcher les gens du dedans de sortir plutôt que le contraire.« 

> Liberté, égalité, fraternité contre burqas

7 juillet 2009

« Dans un contexte de crise économique et sociale toujours plus grave, la question du port de signes religieux – non plus à l’école cette fois, mais dans les lieux publics – refait une apparition médiatique tonitruante. Nous ne nous laisserons pas distraire des vrais enjeux, mais burqas et niqabs suscitent une indignation justifiée, dans la société française.

« Les principes laïques ne conduisent pas à réglementer les tenues vestimentaires, sauf dans des cas spécifiques relevant de l’ordre public ou de la dignité des personnes. L’importation de coutumes d’Asie centrale excédant les prescriptions coraniques se distancie des pratiques courantes des musulmans de France, qui sont nombreux à s’insurger.

« Elle manifeste une coupure qu’on peut apparenter à une dérive sectaire. Cette dérive qui isole les adeptes du reste de la société ne saurait être condamnée uniquement pour les femmes qui ne doivent pas être les seules victimes des débats idéologiques. La question décisive est bien celle de l’égalité entre les hommes et les femmes.

« Mais, il est évident qu’on ne peut accepter le destin assigné à ces femmes car le port de burqa traduit manifestement une subordination et leur libre choix semble hautement improbable.

« La réponse à ce type de dérive est complexe. Si une enquête en forme d’état des lieux est nécessaire, la France ne manque pas de chercheurs compétents à qui on peut confier une mission au lieu d’envisager une issue législative débouchant sur un interdit frontal inefficace, voire contre productif car enfermant encore plus les femmes dans leur soumission.

« Une loi risque de stigmatiser une population et être attentatoire aux libertés d’autant que des dispositions existent qui peuvent permettre d’apporter une réponse ponctuelle au problème.

« La seule solution est celle qui allie la fermeté sur les principes et la constance dans le travail d’intégration à la société. Ce travail demande une mobilisation de tous les acteurs, élus, enseignants, militants associatifs, travailleurs sociaux…
Cette voie est certes longue et difficile, mais c’est la seule efficace. C’est celle que propose – et met en pratique – la Ligue de l’enseignement. »

Le 23 juin 2009. Le Secrétariat National de la Ligue de l’enseignement.

> SNCF : 3 heures de retard sans excuse

5 mai 2009

Coffret-repas SNCF

Lundi dernier, j’étais un des nombreux passagers qui, pour se déplacer de Marseille à Toulouse, ont du patienter aux nombreux arrêts que les lignes du Corail Téoz empruntent. C’est un peu comme si j’avais profité du petit train Nescafé qui se bringuebalait au son fabuleux de la Colegiala, le paysage en moins évidemment. Car cette ligne, comme toutes celles qui souffrent de l’affligeante présence du label Téoz, ne sont pas prioritaires pour la SNCF. Pour la compagnie ferroviaire, seules comptent les lignes TGV. En dehors de ce réseau béni, point de salut. Rétrospectivement, je me dis que c’est dans un grand moment de faiblesse coupable que j’ai cédé aux avances commerciales et pris la carte Escapades. Je suis habitué de la routine avec laquelle notre société nationale traite ses clients-usagers. Certes, cette carte de fidélité me donne des prix au rabais, mais elle explose les délais mentionnés sur le ticket et censés être respectés par les cheminots.

Le rythme d’un Corail Téoz est assez poussif. Bien souvent, il s’arrête en plein voie sans qu’aucun message ne signale la raison, le temps d’immobilisation ou l’horaire probable du retard. Les habitués ont souvent peur lorsque la vitesse descend en-dessous des 5 km/h. Ce n’est pas qu’il existe un risque pour que le train cale. Non, c’est que le conducteur se prépare en douceur à stopper les wagons en pleine voie. Quelquefois, les contrôleurs nous expliquent que notre arrêt est effectué « en raison de priorité de trafic », « en raison d’un acte de malveillance » ou « en raison de difficultés de gestion » mais le plus souvent « en raison d’un problème technique indépendant de notre volonté. » On ne peut être pleinement satisfait des explications qui demeurent on ne peut plus improbables. Lundi dernier, sur les coups d’une heure de l’après-midi, c’est un suicide sur la voie ferrée qui nous a stoppé dans la gare de Lézignan-Corbières. Au bout d’une heure d’arrêt sans explication, nous avions dévalisé les réserves du groupe Servair-Wagons-Lits. Il ne restait plus à l’employé de cette mémorable entreprise que du Coca-cola et des tablettes Toblerone. Les passagers tournaient en rond mais pour une fois, nous avions le droit de descendre sur le ballast. Pour les wagons les plus proches de la gare, il était possible d’atteindre les quais. Une heure et demi plus tard, les deux contrôleurs nous avertissaient de la raison de notre arrêt prolongé, nous prévenaient que « ça allait durer plus que ça » et que la SNCF, dans sa grande générosité, nous distribuait des plateaux repas dans la gare. Une longue file d’attente se formait. Seuls quelques gamins et les nombreux cheveux blancs -une couleur qui va du bleu pétrole à la violine électrique en réalité- doublaient sans vergogne la masse des résignés. C’est là que je me suis posé la question de savoir si notre société n’offrait pas trop de privilège au troisième âge. Je me suis demandé ce qui aurait eu lieu si nous avions été véritablement affamés -ce qui était loin d’être notre sort. Drôle d’expérience humaine que de faire partie d’une foule victime qui marronne mais s’exécute. Le comble pour la SNCF était qu’il n’y avait pas assez de coffret-repas. Ils étaient les seuls à posséder avec exactitude le nombre que nous étions mais voilà, les tricheurs avaient gagné et ceux qui avaient l’information les premiers… Difficile de manger avec goût le taboulé, la salade de lentilles, le pâté de volaille et la compote. J’ai partagé avec ceux qui n’avaient rien. Notamment l’eau qui nous était maigrement distribué via le coffret SNCF. J’avais encore le goût du Coca-cola acheté à la société Servair-Wagons-Lits.

Arrêtés deux heures et demi en gare de Lézignan-Corbières, nous avons du patienter un peu plus d’une demi-heure avant la gare de Carcassonne pour des raisons qui demeurent inconnues des usagers. Cette deuxième fois, le message ne nous autorisait plus à sortir des wagons pour nous dégourdir les jambes. Le message courant était de rigueur : « Notre train est arrêté en pleine voie, pour votre sécurité, veuillez ne pas essayer d’ouvrir les portes. » Avec le Corail Téoz, la SNCF ose tout. C’est même à cela que l’on reconnaît une ligne Corail Téoz. Mettre Marseille à plus de 6 heures et demi de Toulouse, avec la SNCF, c’est possible !

Ce n’est que vers 16h35, pour nous annoncer notre approche de la gare de Toulouse-Matabiau et au détour d’une phrase trop longue, qu’une voix anonyme nous présenta les excuses de la compagnie pour un retard qu’elle s’interdit de préciser. Au même moment, cela faisait 3 heures que nous aurions dû arriver. 15 minutes plus tard je débarquais dans ma ville qui est celle d’où les trains partent le moins vite de France. Sur place, pas un agent pour nous transmettre la petite enveloppe avec laquelle, via une file d’attente au guichet, on nous offre un avoir correspondant à un pourcentage du montant du billet que nous avons acquitté. Il faut dire qu’il y avait du travail pour expliquer l’ensemble des correspondances qui avaient volé en mille éclats et affolaient les passagers qui n’avaient pas terminé leur trajet. Je me demande parfois si nous ne devrions pas faire comme pour le taxi, c’est-à-dire payer à l’arrivée.

Post-scriptum : je serais malhonnête de ne pas préciser qu’à l’aller, j’ai cru être en avance. Non pas que la locomotive inscrivait un record de vitesse. Non, j’étais à l’heure. C’était suffisamment exceptionnel pour que je m’en étonne. C’est la première fois que la ligne Corail Téoz m’assurait un direct entre métropoles régionales : Toulouse-Montpellier-Marseille. Voilà, c’est la seule fois où je n’ai pas entendu : « Le train Corail Téoz numéro tant à destination de Marseille-Saint-Charles, départ telle heure est annoncé voie tant. Ce train dessert Castelnaudary, Carcassonne, Narbonne, Béziers, Sète, Montpellier-Saint-Roch, Nîmes, Arles et Marseille-Saint-Charles. Prenez garde à la fermeture automatique des portes, attention au départ ! »

> Intermittents du parlement ! (2)

28 avril 2009

Hémicycle

Les députés n’aiment pas qu’on les critique. 84% d’entre eux étaient absents lors du rejet de la loi renforçant le contrôle du piratage sur internet et l’on aurait tort de les en blâmer. Une ou deux centaines d’entre eux sont invisibles à l’Assemblée et l’on aurait tort de s’en offusquer. Ils reçoivent des indemnités qui leur permettent de vivre avec plus d’une dizaine de milliers d’euros par mois et exiger leur présence lors des votes en plénière serait abuser. Seule une ou deux centaines s’activent vraiment à l’Assemblée et l’on aurait tort de ne pas s’en contenter. Dans leur défense corporatiste, certains d’entre eux ne négligent aucun argument. Ils auraient trop de textes à voter et pas le temps de les lire tous. Admettons ! Mais alors qu’ils refusent l’embouteillage législatif. Ils ne sauraient où donner de la tête avec les réunions de groupe et les séances en commission. Admettons ! Mais alors qu’ils organisent correctement le travail parlementaire du lundi après-midi au jeudi soir, ce serait largement suffisant pour tout faire. D’autres poussent la plaidoirie plus loin encore. Le quotidien régional Var matin a publié dans son édition dominicale une enquête auprès des élus varois. Tous se défendent de façon fort peu convaincante et souvent édifiante. Un député, professeur à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence déclare : « Si être présent dans l’hémicycle à dormir dans son coin et à lever la main quand on vous le demande, je ne vois pas bien l’intérêt. » Belle conception du vote de la loi. Tel autre : « On ne sait jamais quand notre présence sera vraiment indispensable. » Étonnante réduction du rôle de l’élu à l’intermittence. Ou encore : « Je ne prolonge mon séjour que lorsque les textes examinés concernent des domaines pour lesquels j’ai des compétences. Ce n’était pas le cas de la loi Hadopi. » Surprenante vision de la représentation politique nationale. Summum de l’autodéfense, on peut aussi lire la justification d’un honorable parlementaire pour lequel la capitale est trop éloignée de sa circonscription. Et pas les élus de la Nouvelle-Calédonie, de la Réunion ou de la Martinique. Non des élus métropolitains. Ainsi ce Toulonnais, qu’on ne nommera pas par indulgence, qui déclare dans Var matin : « Il faudrait peut être revoir ce système de la session unique. Monter toutes les semaines à Paris, c’est pénalisant pour les provinciaux. » (sic) L’avion Hyères-Paris met 1h20, le TGV Toulon-Paris 3h50 avec tout le confort pour y lire les projets de loi mais ce serait une tâche impossible. Ne croyez pas que l’autodéfense des intermittents du parlement ne soit le fait que de méridionaux fêtards ou cumulards. À la suite des critiques à l’encontre de l’absentéisme parlementaire, des élus savoyards ou bretons, enfin des élus de la nation aux responsabilités les plus imminentes, tel le président du groupe socialiste ou celui de l’Assemblée nationale elle-même, sont montés au créneau. On les a connu plus inspirés que dans l’assimilation qu’ils ont faite entre le critique de l’absentéisme et l’antiparlementarisme. Comme si les premiers responsables de la démagogie antiparlementaire n’étaient pas ceux qui la nourrissent de leur absence délétère.

Olivier Duhamel

NDLR : savoyard correspond bien évidemment à Bernard Accoyer mais je pense que breton convient moyennement à Jean-Marc Ayrault…

> Décès de Serge Ravanel, figure de la Résistance

27 avril 2009

Serge Ravanal

Né à Paris, Serge Ravanel, l’une des dernières grandes figures de la Résistance, est mort ce lundi 27 avril à Paris. Ce proche des époux Aubrac avait fait évader Raymond Aubrac en 1943 à Lyon où il avait été libéré cinq mois plus tôt par Lucie Aubrac qui disait toujours de lui : « Serge Ravanel, c’est mon petit frère ». Le 6 juin 1944, Serge Ravanel, nommé chef régional de l’ensemble des Forces françaises de l’Intérieur (FFI) de la région, soit quelque 20.000 hommes, avait été promu à 24 ans colonel. Il avait alors dirigé la libération de la région toulousaine du 17 au 24 août 1944. Le 16 septembre, sur la place du Capitole à Toulouse, il attendait « plein de confiance » le général de Gaulle qui passait ses troupes en revue. Le chef de la France Libre lui avait reproché vertement le manque de tenue de ses FFI. Serge Ravanel répètera souvent qu’il avait toujours regretté ce « jugement cinglant et injuste ».

+ d’info. : http://www.ordredelaliberation.fr/

> Le chant des partisans

15 avril 2009

Paroles : Maurice Druon & Joseph Kessel,
Musique : Anna Marly,
Interprétation : élèves de Gardanne (Bouches-du-Rhône).

1.
Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?
Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne ?
Ohé ! Partisans, ouvriers et paysans, c’est l’alarme !
Ce soir, l’ennemi connaîtra le prix du sang et des larmes.

2.
Montez de la mine, descendez des collines, camarades !
Sortez de la paille les fusils, la mitraille, les grenades.
Ohé ! Les tueurs, à la balle et au couteau tuez vite !
Ohé ! Saboteur, attention à ton fardeau, dynamite !

3.
C’est nous qui brisons les barreaux des prisons pour nos frères !
La haine à nos trousses et la faim qui nous pousse, la misère !
Il y a des pays où les gens aux creux des lits font des rêves.
Ici, nous vois-tu, nous on marche et nous on tue, nous on crève.

4.
Ici, chacun sait ce qu’il veut, ce qu’il fait, quand il passe.
Ami, si tu tombes, un ami sort de l’ombre à ta place.
Demain du sang noir séchera au grand soleil sur les routes.
Chantez compagnons, dans la nuit, la liberté vous écoute…

5.
Ami, entends-tu ces cris sourds du pays qu’on enchaîne ?
Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?

> Nous sommes tous concernés

8 avril 2009

Délinquants solidaires

http://www.delinquants-solidaires.org/

> Contre les atteintes aux libertés

12 mars 2009

Contre les atteintes aux libertés publiques qui se succèdent depuis l’élection présidentielle de 2007, le Parti socialiste a rédigé un livre pour défendre les valeurs de la République. Sous forme d’abécédaire, 89 mots clés détaillent la succession d’initiatives et de décisions prises par le Président de la République depuis son élection, afin d’en saisir le sens, d’en identifier la portée et d’alerter sur ses dangers.

Cliquez ici pour lire « La France en libertés surveillées » et ici pour aller sur le blog « Agir pour les libertés publiques ».

> Matraquage, gazage : le lot des migrants

10 mars 2009

Calais

« Matraquage, gazage, sont le lot quotidien de ces migrants, y compris les femmes enceintes et les enfants. Même si ces derniers temps ça s’est un peu calmé, ce qu’on a vu ici depuis six ans est inimaginable. » Jean-Claude Lenoir est l’un des fondateurs de Salam, une association d’aide aux migrants basée à Calais.

La lecture du sixième roman d’Olivier Adam, « À l’abri de rien, » m’avait particulièrement ému. Dans ce livre, l’héroïne quitte tout pour venir en aide aux immigrés venus de l’Est et du Moyen-Orient. Rien ne la détournera de ce qu’elle vit comme une mission. Ni la violence policière, ni les ragots. Elle sera petit à petit submergée par les sentiments mais comment ne pas l’être ? Combien de temps faudra-t-il encore attendre pour que nous ayons une politique d’accueil de l’immigration conforme à nos valeurs ?

http://www.associationsalam.org/

> Les contresens du rapport Balladur

27 février 2009

http://www.mediapart.fr/

Je m’excuse par avance si, de mon point de vue très éloigné de Toulousain, je ressens parfois de l’enthousiasme à l’idée d’une Bretagne qui retrouverait sa pleine dimension. Comme mon camarade Jean-Jacques Urvoas le rappelle dans un vœu auquel il reste fidèle, cela est possible. Je ne peux donc pas être totalement opposé à l’idée d’un redécoupage des régions. Mais je sais aussi les difficultés que cela peut poser puisque nous avons des collectivités régionales qui fonctionnent bien et que cette menace que la commission Balladur fait peser sur elles ne peut contribuer à leur renforcement. Un renforcement que je souhaite ardemment tout comme mon camarade Christophe Clergeau.

En plus de vouloir régenter et contraindre les collectivités dans des compétences strictes, le contresens le plus évident est de revenir sur l’élection des conseillers régionaux au suffrage universel direct. Pierre Mauroy l’a rappelé, la décentralisation c’était 1) un élan pour les libertés et l’autonomie, 2) la suppression des tutelles administratives dont celle du préfet mais pas seulement et 3) la régionalisation. Revenir sur le fait régional est invraisemblable. C’est ce qu’il faut dénoncer en premier. C’est ce que font avec beaucoup de talent André Vallini et Pierre Mauroy dans leur contribution au rapport Balladur et Alain Rousset dans la vidéo de Médiapart. Le Parti socialiste a déposé de son côté une contribution qui me semble des plus sérieuses en proposant des blocs de compétences avec des chefs de file par région pour opérer de la clarté sans revenir sur la clause de compétence générale. Évidemment, des réformes doivent avoir lieu. Pour ma part, une deuxième étape de la décentralisation doit donner un nouvel élan à la régionalisation en opérant la suppression progressive des différentes tutelles opérées par la myriade des directions régionales et départementales des administrations centrales.

Par contre, il serait souhaitable d’entendre, en plus des communiqués de nos élus, l’avis de nos concitoyens sur le sujet. Ce n’est certes pas leur principal centre d’intérêt par temps de crise mais, en démocratie, leur opinion doit compter.

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